Je bondis en lisant un article du Journal Du net découvert chez Jacques Froissant interviewant la banque Close Brothers qui prédit avec une certaine assurance l’explosion de la bulle2.0 (sans vraiement expliquer ce qu’ils entendent par “bulle” ou “explosion”). C’est n’est pas tellement la prédiction qui est saisissante, après tout pourquoi pas, ce sont les arguments avancés qui ne tiennent pas la route.
Les investissements sur les nouvelles sociétés du web sont un pari sur plusieurs années. Un pari qui rend caduque la corrélation entre le CA et la valorisation comme seul paramètre. Un pari peut être exagéré mais une attitude de relation au risque qui rend possible la naissance de nouveaux géants comme Skype et autres.
La plupart de ces sociétés sont jeunes mais contrairement à ce qui est dit dans l’article beaucoup ont déjà des revenus y compris YouTube dont on estime les rentrées publicitaires (en croissance importante) à plus de 10 millions de dollars par mois et qui vient de signer un partenariat important avec Verizon. L’ecosystème internet existe bien mais l’on ne peut demander à des sociétés de moins de 12 mois d’afficher des revenus importants ou même une rentabilité. Google, Yahoo et beaucoup sont passées par là. Il faut aussi savoir que beaucoup de sociétés financées par Capital Risque ont des revenus non négligeables et ont aussi atteint la rentabilité, par exemple LinkedIn mais aussi Xuqa dont nous avons parlé. Je ne fais pas référence aux sociétés déjà revendues à un prix plus que raisonnable (et je suis près à tenir le débat sur Youtube; et par ailleurs Google qui a payé en action et non en cash, a obtenu cette société pour rien, son cour ayant pris 2% le jour de l’annonce).
On lit également dans cet article que les internautes sont peu réceptifs au contenu publicitaire des sites dont le contenu est généré par les utilisateurs: c’est totalement absurde. Les nouvelles techniques publicitaires permettent justement de proposer des publicités mieux ciblées et moins intrusives qui permettent un meilleur taux de retour. Blogger de Google génère des revenus non négligeables et des sites comme MySpace ou encore SkyBLog vivent (plutôt bien) de la publicité (rappellons que MySpace a signé un petit accord de 1 milliards de dollars de revenus garantis avec Google. Je n’oublierai pas de mentionner le succès économique flagrant de Second Life qui voit naître des initiatives publicitaires d’un nouveau genre et qui attire de nombreux annonceurs prestigieux comme Reuters, BMW et autres (des sociétés de conseils spéciales ont été crées pour les aider à investir dans ce domaine)
On lit enfin que les sites du Web2.0 pourraient améliorer leur santé “en vendant très cher le peu de publicité affichée, elles peuvent espérer générer des marges“. Le marché publicitaire a sa logique et sa dynamique et on n’impose pas un tarif plus élevé en jouant sur la rareté de l’inventaire. Le prix d’une publicité est fixée sur la base de son audience et sa capacité à générer du trafic et parfois de la conversion. La publicité à la performance (CPC/CPA) prend d’ailleurs une part de plus en plus importante. Cette suggestion n’est tout simplement pas réaliste en tout cas pas généralisable.
On oublie aussi que la publicité est loin d’être le seul revenu des nouvelles sociétés internet. Beaucoup de sociétés ont des modèles économiques transactionnels. SixApart gère plusieurs millions de blogs dont les propriétaires paient entre 5 et 15 dollars par mois, 1/4 des utilisateurs de Flickr payent un abonnement premium pour disposer de plus de fonctionnalités. Beaucoup de sociétés ont un modèle économique fondé sur l’abonnement à un service Mobile et la startup française Miyowa est un exemple de réussite en la matière
On oublie enfin que la très (très très) grande majorité des sociétés du Web2.0 ne sont pas financées par capital risque et que leur disparition ne fera de la peine qu’à leur créateur (et aussi leurs utilisateurs). Parfois même cela abouti à de jolies réussites (modestes mais jolies) comme cela a été le cas avec LaFraise revendu il y a peu.
Nous avions déjà longuement débattu du sujet sur la bulle2.0, de nombreuses personnalités ont déjà donné leur vision et j’ai également publié un long billet pour expliquer mon point de vue qui se résume: bulle2.0 non, darwinisme2.0 oui. En gros beaucoup de dégâts sont à anticiper (cela a déjà commencé d’ailleurs) et sur ce point je pense que Close Brothers a raison. Mais pas au point de provoquer un séisme économique ou l’explosion d’une bulle.
En tout cas si Close Brothers souhaite investir dans le Web2.0 (je ne vois pas beaucoup de références 2.0 dans leur impressionant palmares), je les invite a considerer ce secteur de manière plus précise sous peine d’effrayer les nombreuses startups qui pourraient devenir leur client.
En conclusion je serai ravi d’avoir un débat constructif avec des personnes de ce très respectable établissement.





