Bulle2.0
La bulle2.0 va exploser..ben voyons!
26 Commentaires
par Ouriel Ohayon 29 novembre 2006

Je bondis en lisant un article du Journal Du net découvert chez Jacques Froissant interviewant la banque Close Brothers qui prédit avec une certaine assurance l’explosion de la bulle2.0 (sans vraiement expliquer ce qu’ils entendent par “bulle” ou “explosion”). C’est n’est pas tellement la prédiction qui est saisissante, après tout pourquoi pas, ce sont les arguments avancés qui ne tiennent pas la route.

Les investissements sur les nouvelles sociétés du web sont un pari sur plusieurs années. Un pari qui rend caduque la corrélation entre le CA et la valorisation comme seul paramètre. Un pari peut être exagéré mais une attitude de relation au risque qui rend possible la naissance de nouveaux géants comme Skype et autres.

La plupart de ces sociétés sont jeunes mais contrairement à ce qui est dit dans l’article beaucoup ont déjà des revenus y compris YouTube dont on estime les rentrées publicitaires (en croissance importante) à plus de 10 millions de dollars par mois et qui vient de signer un partenariat important avec Verizon. L’ecosystème internet existe bien mais l’on ne peut demander à des sociétés de moins de 12 mois d’afficher des revenus importants ou même une rentabilité. Google, Yahoo et beaucoup sont passées par là. Il faut aussi savoir que beaucoup de sociétés financées par Capital Risque ont des revenus non négligeables et ont aussi atteint la rentabilité, par exemple LinkedIn mais aussi Xuqa dont nous avons parlé. Je ne fais pas référence aux sociétés déjà revendues à un prix plus que raisonnable (et je suis près à tenir le débat sur Youtube; et par ailleurs Google qui a payé en action et non en cash, a obtenu cette société pour rien, son cour ayant pris 2% le jour de l’annonce).

On lit également dans cet article que les internautes sont peu réceptifs au contenu publicitaire des sites dont le contenu est généré par les utilisateurs: c’est totalement absurde. Les nouvelles techniques publicitaires permettent justement de proposer des publicités mieux ciblées et moins intrusives qui permettent un meilleur taux de retour. Blogger de Google génère des revenus non négligeables et des sites comme MySpace ou encore SkyBLog vivent (plutôt bien) de la publicité (rappellons que MySpace a signé un petit accord de 1 milliards de dollars de revenus garantis avec Google. Je n’oublierai pas de mentionner le succès économique flagrant de Second Life qui voit naître des initiatives publicitaires d’un nouveau genre et qui attire de nombreux annonceurs prestigieux comme Reuters, BMW et autres (des sociétés de conseils spéciales ont été crées pour les aider à investir dans ce domaine)

On lit enfin que les sites du Web2.0 pourraient améliorer leur santé “en vendant très cher le peu de publicité affichée, elles peuvent espérer générer des marges“. Le marché publicitaire a sa logique et sa dynamique et on n’impose pas un tarif plus élevé en jouant sur la rareté de l’inventaire. Le prix d’une publicité est fixée sur la base de son audience et sa capacité à générer du trafic et parfois de la conversion. La publicité à la performance (CPC/CPA) prend d’ailleurs une part de plus en plus importante. Cette suggestion n’est tout simplement pas réaliste en tout cas pas généralisable.

On oublie aussi que la publicité est loin d’être le seul revenu des nouvelles sociétés internet. Beaucoup de sociétés ont des modèles économiques transactionnels. SixApart gère plusieurs millions de blogs dont les propriétaires paient entre 5 et 15 dollars par mois, 1/4 des utilisateurs de Flickr payent un abonnement premium pour disposer de plus de fonctionnalités. Beaucoup de sociétés ont un modèle économique fondé sur l’abonnement à un service Mobile et la startup française Miyowa est un exemple de réussite en la matière

On oublie enfin que la très (très très) grande majorité des sociétés du Web2.0 ne sont pas financées par capital risque et que leur disparition ne fera de la peine qu’à leur créateur (et aussi leurs utilisateurs). Parfois même cela abouti à de jolies réussites (modestes mais jolies) comme cela a été le cas avec LaFraise revendu il y a peu.

Nous avions déjà longuement débattu du sujet sur la bulle2.0, de nombreuses personnalités ont déjà donné leur vision et j’ai également publié un long billet pour expliquer mon point de vue qui se résume: bulle2.0 non, darwinisme2.0 oui. En gros beaucoup de dégâts sont à anticiper (cela a déjà commencé d’ailleurs) et sur ce point je pense que Close Brothers a raison. Mais pas au point de provoquer un séisme économique ou l’explosion d’une bulle.

En tout cas si Close Brothers souhaite investir dans le Web2.0 (je ne vois pas beaucoup de références 2.0 dans leur impressionant palmares), je les invite a considerer ce secteur de manière plus précise sous peine d’effrayer les nombreuses startups qui pourraient devenir leur client.

En conclusion je serai ravi d’avoir un débat constructif avec des personnes de ce très respectable établissement.

Une bulle 2.0 est elle sérieusement en route? épisode 2
16 Commentaires
par Ouriel Ohayon 11 octobre 2006

Second épisode d’une série de 3 billets dédiés à la dénommée « bulle2.0 ».

La semaine dernière nous avions interrogé 4 personnalités du web (entrepreneurs, investisseurs, bloggers) qui nous donnaient leur avis sur la question.

En parallèle vous avez été très nombreux (plus de 440) à exprimer aussi votre avis sur la probabilité d’une nouvelle bulle internet (à ce titre les commentaires de ce billet sont passionnants). Ceux qui n’ont pas encore répondu au sondage pourront toujours le faire ci-dessous ou complétez leurs points de vue dans les commentaires. Chose étrange alors que la plupart des témoignages et commentaires ne pensent pas qu’une bulle devrait arriver, le sondage lui révèle une opinion contraire. Dans tous les cas le débat s’annonce passionnant.


Create polls and vote for free. dPolls.com

L’actualité en faisant un sujet des plus pertinents avec l’acquisition de YouTube par Google à un prix astronomique, nous allons continuer cette semaine à explorer ce sujet.

La semaine dernière nous interrogions Pierre Chappaz / Mauro Mariani / Jérémie Berrebi / Pascal Rossini. Cette semaine

Cette semaine retrouvons Michel de Guilhermier, Fred Bordage, Mark Oiknine et Eric Dupin.

Michel de Guilhermier (Patron de PhotoWays)

Michel de Guilhermier est le fondateur de PhotoWays, l’un des sites d’ecommerce les plus en vue en Europe il est aussi blogger à ses heures et ses analyses sur l’internet et le commerce électronique sont passionnantes et très renseignées

En 1998-2000, on valorisait des sociétés à l’excès simplement parce qu’elles avaient un “.com”, croyant que tout sur Internet allait marcher, que les arbres monteraient au ciel, et ce très vite. Le terme de bulle était alors totalement justifié, il était le reflet d’une folie exhubérante et irrationnelle où, au lieu d’analyser pragmatiquement, on s’enthousiasmait, on rêvait sans vraiment comprendre intimement.

En réalité, relativement peu de choses ont vraiment bien marché, ce fut très progressif car le marché n’était pas encore là, il a mis du temps à se concrétiser, et rarement en montant au ciel ! Il y avait alors une déconnexion radicale et générale entre la réalité du terrain et les valorisations des projets.

Aujourd’hui, les choses sont totalement différentes : il y a près d’un milliard d’internautes, des centaines de millions de cyber-acheteurs, le haut débit progresse rapidement, de nouvelles technologies permettent des choses qui étaient avant impossible, etc. Structurellement et économiquement, le sous-jacent est bien là, Internet est un vaste marché bien concret que l’on sait par ailleurs mieux analyser..

Cependant, dans le même temps, il y a 2 phénomènes : d’une part les lois humaines restent les mêmes - il est dans la nature de l’homme s’enthousiasmer et de rêver – d’autre part les capitaux risqueurs ont levé beaucoup d’argent, veulent et doivent l’investir.

La conséquence est que j’observe ici et là sur Internet des valorisations extrêmement élevées qui, au final dans de nombreux cas, conduiront certainement à des TRI (ndlr: taux de retour sur investissement) limités, voire parfois négatif ! A ce stade, oui, il y a des exagérations dans les valorisations.

Mais le marché étant là, avec un nombre d’opportunités phénoménales, on assistera tout au plus à un dégonflement des valorisations, mais je ne crois absolument pas en un nouveau krack suivi d’une période de dépression.

Fred Bordage (Journaliste chez LesEchos, 01, ZDnet)

Fred Bordage est journaliste indépendant pour Les Echos, 01 informatique et Zdnet et un expert dans l’analyse des tendances du web dans sa globabilité

Oui. Mais plus petites que les précédentes. Les phases d’innovation sont toujours accompagnées de rêves qui motivent les investisseurs à mobiliser leurs $. Aussi rationel soit-il, le développement d’une société pourtant toujours un pari sur l’avenir. Celui des NTIC est plein de potentiel, surtout en ce moment, et pas seulement sur le “web 2.0″, mais bien malin celui qui peut affirmer aujourd’hui si le iPhone d’Apple ou SeekingAlpha seront de réels succès demain. D’autant que la dimension sociale de cette vague “2.0″ est vraiment une nouvelle dimension pour les investisseurs.
Cependant, je pense que le marché a tiré les leçons de la première bulle.

Mark Oiknine(Senior Associate, Atlas Ventures)

Mark Oiknine est Senior Associate dans le fonds d’investissement Atlas Venture, très actif dans le domaine du web et qui a récemment participé au financement du français DailyMotion mais aussi de Moo et RealEyes3D

La bulle 1.0 s’est aussi construite sur des rêves, des promesses achetées et souvent… aussitôt revendues sur toute la chaîne de financement, du Business Angel à la « veuve de Carpentras boursicoteuse ». Or aujourd’hui, les promesses sont globalement toujours les mêmes- transformer les modes de consommation grâce au Web -mais une bonne partie de leurs ingrédients ont bien muri ; serial entrepreneurs, marchés, Internet, technos, business models…sans oublier les VCs.

Un service web peut maintenant capter une audience de manière rapide et fulgurante mais le flou autour de la monétisation (fiable si possible svp) lorsque rapprochée aux valos de MySpace/rumeurs sur YouTube peut laisser penser en effet que la bulle est de retour. Que neni ! Il y en aura pour tous les goûts ; avec modération cette fois-ci! Il n y aura pas de bulle 2.0 mais sans doute de ‘‘l’écume sporadique’’!

Eric Dupin (Fuzz.fr, Presse-Citron)

Eric Dupin est le fondateur de Fuzz.fr dont nous parlons souvent sur TechCrunch (un digg like français) et aussi l’éditeur du blog Presse-Citron (l’un des mes préférés) qui traite beaucoup d’internet et de nouveaux services du web

J’ai un problème : je n’ai pas de boule de cristal là sous la main et je me gausse assez des prévisionnistes en tout genre pour ne pas à mon tour endosser ce rôle.

Mais bon, disons que si on met en parrallèle la difficulté - ou l’impossibilité - d’un Youtube à générer du cash, des frais de fonctionnement démentiels, des menaces de procès sur les droits d’auteurs d’un côté, et les rumeurs sur une éventuelle valorisation à plus d’un milliard de dollars de l’autre, alors là ok je dis qu’il a bulle (méga-bulle, même, une vraie montgolfière).

D’un autre côté il y a des services qui font déjà leurs preuves et dont l’utilité n’est plus à prouver, je pense par exemple à Writely, dont le rachat par Google n’a rien d’un effet bulle, mais est plutôt le résultat d’une stratégie à long terme visant à aller chasser sur les terres de Microsoft en l’attaquant frontalement sur son bastion, la bureautique, mais version 2.0

La différence entre la première bulle des années 2000 et le mouvement actuel se situe à mon avis dans les promesses : en 2000 le web était tout neuf et personne n’avait de recul, il était donc normal que beaucoup de bêtises soient faites et dites. Les valorisations se sont faites sur des promesses d’un avenir radieux, auxquelles même les financiers les plus aguerris ont cru, perdant tout sens des valeurs de base. Un Messier qui rachète un nom de domaine pour 8 millions de francs à l’époque juste parce-qu’il ressemblait à Vizzavi, là on est en plein délire, ce délire qui a conduit à l’explosion de la bulle.

Aujourd’hui les choses sont différentes et les conditions de la formation d’une bulle me semblent moins présentes : nous avons le recul, il n’y a plus de promesses, juste des communautés. Le mec qui crée Digg ne se dit pas “je vais lancer ce nouveau service pour le revendre”, il crée un service parce-qu’il pense que cela correspond à un besoin, et d’abord à son besoin à lui : trier l’information et pour cela s’en remettre aux lecteurs eux-mêmes.

La bulle 1 c’était Hollywood qui s’effondrait, le 2.0 c’est plutôt le cinéma indépendant : léger, agile, ça rapporte peu, mais ça coûte peu, et de temps en temps, jackpot.

Je ne sais pas si nous avons affaire à une nouvelle bulle ou si le marché s’auto-régulera en douceur, mais il me semble que les valorisations annoncées ici et là n’ont quand même rien à voir avec les sommes déboursées en 2000

C’est tout pour aujourd’hui. Rendez vous la semaine prochaine pour le dernier épisode de la série. © Aleksander Bochenek - FOTOLIA

PS: j’ai rajouté un tag “bulle2.0” à l’index TechCrunch pour suivre la série mais aussi les billets qui traiteront de ce sujet

PS2: une vidéo avait été réalisée par Michael Arrington et plusieurs entrepreneurs américains du nouveau web où cette question avait été abordée.

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