Article écrit par Emmanuel Longin, le fondateur de Gullivearth
Les premiers jours de 2011 ont consacré l’essor d’une des startups les plus en vue de la Sillicon Valley ces derniers mois, le fameux site de questions-réponses sociales Quora qui ambitionne ni plus ni moins de devenir « la meilleure ressource possible pour quelqu’un qui veut tout connaître d’une question ». Beaucoup a été dit, sur la puissance du concept, sur la qualité du duo de fondateurs Adam d’Angelo et Charlie Cheever (anciens de Facebook), sur la valorisation énorme de cette startup capable de faire tourner la tête des investisseurs et des bloggeurs les plus influents. Pourtant, à y regarder de plus près, il semble que le modèle de Quora ne soit pas encore totalement arrêté ni complètement mature et que ses fondateurs aient un certain nombre de dilemmes à résoudre.
Quora doit-il/peut-il vraiment être ouvert à tous?
Cette question peu paraître un peu surprenante dans la mesure où d’une façon générale la richesse des réseaux sociaux réside dans leur capacité à fédérer un nombre maximum d’utilisateurs et à faire que ces derniers participent le plus possible. Quora suit naturellement cette logique à une nuance près qu’il est vital pour lui de retirer le meilleur des participations de ses utilisateurs. Quora a donc un double impératif : être capable de maîtriser la quantité d’utilisateurs actifs et la qualité du contenu développé par ces derniers.
Sur l’aspect quantitatif, Quora s’est servi du système relativement classique des invitations ; avant le lancement officiel en juin 2010, l’inscription était sur invitations (très prisées à l’époque), puis libre, puis suite à un pic de croissance énorme en décembre, à nouveau limitée. Entre l’exclusivité d’une communauté restreinte d’utilisateurs qualifiés et l’objectif à long terme de permettre à chacun de partager son domaine d’expertise propre, Quora fait des compromis. D’un côté la page d’accueil d’un utilisateur non loggé est sobre, donne l’impression que le site est totalement fermé, d’où un sentiment d’exclusivité très fort. D’un autre, toutes les pages de questions réponses sont indexées sur les moteurs de recherche, de manière à attirer un maximum de monde.
Sur l’aspect qualitatif, Quora a vu son modèle de modération vaciller avec un afflux massif de nouveaux utilisateurs lequel a semé un véritable vent de panique laissant penser qu’il y avait un réel risque de voir la qualité des réponses baisser. Quora a donc dû mettre en place un algorithme permettant d’attribuer une note de qualité des réponses et des utilisateurs que Charlie Cheever compare à un « PageRank ». L’intérêt étant, d’après Adam d’Angelo, de se baser sur l’historique des participations de chaque utilisateur qui permet de définir un certain niveau de confiance, lequel vient donner plus ou moins de poids à leur vote up ou down sur une réponse. Le co-fondateur précise que cet algorithme est toujours en phase de développement et « devrait changer au fur et à mesure que le site s’améliore ». Tout l’enjeu pour Quora dans sa quête de croissance repose donc sur cette capacité à concilier quantité d’utilisateurs et qualité du contenu.
Les co-fondateurs de Quora ont une approche relativement idéaliste du web (il ne faut pas oublier que ce sont des camarades de la première heure de Mark Zuckerberg et qu’ils semblent partager sa vision). Pour eux, les réseaux sociaux doivent promouvoir le savoir, l’ouverture, l’équité et la transparence. Quora est il en mesure de mettre en pratique cette vision quelque peu idéaliste ?
Le succès de Quora est lié à la qualité de son contenu laquelle est maîtrisée de façon automatisée par le vote up/down des questions et au cas par cas par des armées de modérateurs et administrateurs qui relisent et corrigent chaque réponse. Un épisode récent a mis à mal ces deux méthodes de modération et a mis en évidence le fait que l’on ne sait pas encore exactement quelle est la vocation de Quora par rapport a des sites de Q&A classiques.
Le célèbre bloggeur Robert Scoble, qui a à ce jour plus de 170 000 followers sur Twitter, s’est passionné pour Quora, allant jusqu’à penser que ce dernier était peut être « la plus grande innovation de blogging des 10 dernières années », créant plus de 500 réponses à des questions, lesquelles étaient diffusées à ses armées de followers qui votaient up ses réponses. Cette prépondérance a eu pour effet de générer une réelle animosité à son égard, avec des utilisateurs qui remettaient en cause son omniprésence en votant down toutes ses réponses. L’intéressé s’est alors senti un peu trop critiqué et a fortement modéré son enthousiasme, se plaignant que de nombreux utilisateurs trouvaient comme lui que la modération de Quora n’était pas assez transparente et que beaucoup étaient même vexés de voir leurs réponses supprimées ou cachées (« collapsed ») par les administrateurs non identifiés.
Cet épisode, bien qu’isolé, souligne que l’on ne sait pas encore exactement comment peut être utilisé Quora, dont le contenu reste largement contrôlé par des modérateurs avec la part de subjectivité que cela implique. Dernièrement l’équipe de Quora s’est efforcée de donner plus de précisions sur l’action des reviewers et admins en précisant certaines lignes directrices. On notera toutefois qu’une réelle opacité subsiste sur le fait de « collapser » une réponse qui peut apparaître arbitraire. De même, le sujet de la visibilité des questions n’est jamais abordé alors qu’il semble absolument fondamental. En effet, un utilisateur a connaissance de l’existence d’une question parce qu’il suit un topic auquel elle se rattache, or, ne serait-on pas tenté de vouloir booster la visibilité d’une de ses questions en la rattachant à une multitude de thèmes, y compris les plus suivis, de manière à recueillir un maximum de réponses ? L’équipe de Quora affirme que l’on peut ajouter autant de thèmes que l’on veut à une question ; personnellement j’ai déjà vu des thèmes retirés de certaines de mes questions a postériori. On comprend que ceci soit motivé par une volonté de limiter le spamming mais un peu plus de transparence serait nécessaire pour parvenir à créer l’outil universel auquel l’équipe de Quora souhaite aboutir.
En ingénieurs focalisés sur la qualité de leur produit et à la manière du fondateur de Facebook en son temps, l’équipe de Quora affirme ne pas trop se préoccuper des problématiques de monétisation. Dans son approche, Quora se veut un challenger de wikipedia auquel il fait d’ailleurs référence pour ses règles de modération. Néanmoins, Quora n’est pas un .ORG et a levé des fonds auprès d’investisseurs qui chercheront à terme à rentabiliser leur apport en capital. Monétiser Quora ne sera sans doute pas un problème tant le site parvient à engager ses utilisateurs. On pourrait en effet imaginer, à l’image des tweets sponsorisés, un business model basé sur des questions et réponses sponsorisées qui permettraient de mettre en avant un savoir ou un message de valeur, mais cela pourrait affecter les mesures que Quora est en train de mettre en oeuvre pour assurer la mise en avant de la façon la plus transparente possible des meilleures contributions.






super article. Je pense pour ma part que l’un des freins à l’adoption à Quora reste la langue et comme il s’agit d’un modèle de forum avancé il y’a pas assez d’interaction si ce n’est de poser des questions ou de répondre aux questions des autres.
Je suis donc curieux de voir ce que çà va donner plus tard!
Le problème de Quora, c’est que le concept (et les modérateurs) incitent à la réponse verbeuse et totalement dénuée d’humour…
Autant ça se comprend pour un projet encyclopédique comme Wikipédia, autant dans un cadre interactif, ça devient vite lénifiant…
Quora surfe sur l’effet de mode de la “curation”, grand bien leur fasse…
En attendant, les redondances sont nombreuses
Quora fait le buzz mais il se peut que ce soit StackExchange (issu du site de Q&A StackOverflow réservé aux développeurs) qui tire son épingle du jeu.