Oui, il y a des “me too” qui marchent
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par Roxanne Varza 17 janvier 2011

On a tous entendu parler des “me too“, ce sont des imitations de produits et de startups qui ont été un succès ailleurs. En Europe (pas spécialement en France), on a tendance à répliquer les modèles qui marchent outre-Atlantique, notamment dans la Silicon Valley. Pourtant, les me too sont souvent très critiqués pour leur manque d’innovation ; comme les entrepreneurs sont d’habitude très créatifs, créer une imitation semble ignorer les bases fondamentales de l’entrepreneuriat.

En revanche, si l’entrepreneur connait bien son marché et les préférences locales, il aura certainement un avantage comparatif par rapport aux étrangers même s’il n’a pas inventé le modèle lui-même, n’est-ce pas ?

Prenons par exemple le cas d’OpenTable, l’une des success stories de la Silicon Valley qui s’est introduite en bourse en 2009. La plateforme de réservation de restaurants en ligne est présente dans une petite vingtaine de pays et compte plus de 15.000 restaurants qui utilisent le service. Mais il n’y a pas un seul restaurant sur son site français – qui est en ligne depuis 2008.

Si on pose la question à l’équipe d’OpenTable, elle dira surement que le marché français était trop difficile à pénétrer, que les restaurateurs français travaillent d’une manière trop traditionnelle et ne sont pas encore entrés dans l’ère des nouvelles technologies. Même si c’est probablement le cas, les concurrents d’OpenTable en France, comme La Fourchette, Restopolitan et même Table Online, ont compris ce qu’il fallait faire pour convaincre les restaurateurs locaux à utiliser ce genre de service.

Heureusement, on peut citer d’autres exemples de me too qui marchent bien en France et en Europe – pas seulement les concurrents d’OpenTable. Je pense aux exemples comme Spartoo et Sarenza, les équivalents de Zappos, la boutique de chaussures en ligne qui a été rachetée par Amazon en 2009 pour 1,2 milliards de dollars. Ou encore Qype, la plateforme européenne pour trouver les bonnes adresses avec plus de 17 millions d’utilisateurs qui semble mieux avancé en Europe que son concurrent américain, Yelp (malgré l’offre de rachat de Google) .

En fait, on peut citer plein d’exemples de me too qui marchent assez bien en Europe. Mais qu’est-ce qu’un “me too” finalement ? Si la même société est lancée aux Etats-Unis et en France pile au même moment, est-ce qu’il s’agit d’une imitation ? C’est le cas de DailyMotion et YouTube, n’ayant qu’un mois d’intervalle entre les lancements des deux plateformes de vidéo en ligne. Alors qu’aujourd’hui DailyMotion se situe 13 places derrière YouTube dans le classement Alexa, les Français ont préféré le site français à son concurrent américain pendant très longtemps.

Pour l’instant, on a eu  moins de succès en France avec les me too que nos voisins outre-Rhin. En Allemagne, ce sont Marc, Olivier et Alexander Samwar du Founders Fund qui sont les experts des me too, ayant créé des clones allemands de Groupon, Ebay et Facebook, entre autres. Ces trois me too ont été rachetés pour un montant total de plus de 250 millions de dollars – et dans 2 des 3 cas, par la société originale. Si les me too semblent marcher mieux en Allemagne que dans d’autres marchés en Europe, c’est non seulement lié à la grande taille du marché mais aussi aux préférences des consommateurs pour les produits allemands.

Que les me too manquent de créativité ou non, répliquer une société fait malgré tout une belle expérience entrepreneuriale et permettre aux consommateurs locaux d’essayer un produit ou un service avant qu’il soit officiellement lancé sur le territoire français (ce qui est rarement une priorité pour les startups américaines). Mais il ne faut pas créer une imitation de tout et de n’importe quoi non plus. Par exemple, un seul Chatroullette me paraissait déjà suffisant, est-ce qu’il fallait vraiment en créer plus ? Quoi qu’il en soit, même si certains me too semblent moins utiles que d’autres, il ne faut pas les critiquer tous car il y en a qui marchent parfois même mieux que la société originale.

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  • “Les bons artistes copient, les grands artistes pillent”

  • A noter également que lorsqu’une start-up US se lance en même temps qu’une start up française, la start-up US bénéficie d’un marché de plus de 300 millions d’habitants et un grand nombre de pays où l’anglais est parlé…contre à peine plus de 60 millions pour la France.
    Si Dailymotion avait été lancé originellement aux US pas sur que Youtube soit aujourd’hui N°1!

  • Peut-on vraiment parler de “me too” dans le cas d’un site de réservation de resto en ligne ? L’idée est loin d’être révolutionnaire et doit être aussi ancienne que les premiers balbutiements du net.

    Je pense qu’il est impossible de savoir qui a eu le premier l’idée de créer un site de ce genre. J’ai moi-même lancé un site de réservation d’hôtels au Maroc en 1997. Est-ce que pour autant je considère que tous les sites de réservation d’hôtels en ligne lancés depuis sont des “me too” de mon idée originale ? Non. Tout simplement parce que l’idée de transposer sur le web ce qu’on faisait auparavant par téléphone ou par fax est une “non idée”.

    Si on attribue si souvent l’idée originale aux américains, n’est-ce pas plutôt parce que lever des fonds aux US et donc développer rapidement des idées à grande échelle en y mettant les moyens y est plus facile ?

    Sur ce genre d’idée qui n’en sont pas vraiment, ce qui est vraiment important est la rapidité de déploiement, l’originalité du business model et la qualité technique et fonctionnelle de la plateforme. En un mot la mise en musique.

  • @guillaume c’est sûr que le marché US a plus de “traction” et rend les projets US tout de suite plus compétitifs, plus attirants pour des grosses levées de fonds etc. Après il ne faut pas négliger le fait que certaines start-up françaises manquent d’ambition et ça c’est culturel.

    Le mee-too est aussi un moyen de limiter les risques en reproduisant une stratégie ou une techno, les pitchs sont plus faciles : “Nous adaptons XXX.com au marché européen” est vendeur auprès des investisseurs FR qui sont en général assez frileux.

    @geraud : assez d’accord avec toi, il y a des concepts que le marché appel et donc plusieurs concepts similaires peuvent voir le jour à différents endroits. Néanmoins, il s’agit rarement d’innovation technique.

  • @Kertone: Picasso ?

    @guillaume: effectivement, les US représentent une forte population, ainsi que les nombreux pays où l’Anglais est la langue principale.
    Mais les Français ont tendance à être de grands pessimistes et oublient vite que le Français est parlé par environ 220 millions sur les 5 continents (source: http://www.francophonie.org/-Reperes-.html)

  • Pour en avoir fait moi-meme l’experience, les populations francophones sont limitées. Mieux vaut deployer d’abord un site en anglais, pensé en anglais que de mettre en ligne un site français puis l’adapter à marche forcée pour le reste du monde.

    L’anglais, c’est bien sur les US, mais aussi le Canada, les UK, et tous les autres où l’anglais est presque une langue maternelle (pays-bas, allemagne, une partie de l’Asie…).

    Le français, c’est la France, Belgique, Suisse, Afrique. Malheureusement, c’est nettement moins “vendeur” auprès des fonds d’investissement.

  • Certes la créativité, la créativité… comme le fait remarquer geraud ci-dessus… qui a vraiment inventé le guide de restauration? Michelin…?

    Réduire l’entrepreneur a la bonne idée, c’est aussi se tromper lourdement sur ce qu’est entreprendre. C’est d’abord prendre des risques; c’est trouver le bon chemin pour mettre en oeuvre une idée…

    A l’époque où les PC compatibles ont émergé, il y avait une flopée de concurrents, mais tous n’ont pas su bien mettre en oeuvre leur bonne idée.

  • Si l’on réfléchit, il y a très peu de nouvelle idées. Facebook a eu du succès, mais copain d’avant existait avant en France, et sans doute plein d’autre équivalents dans de nombreux pays.

    Quasiment chaque startup reprend un process existant d’une manière ou d’un autre.

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