Ecrit par Laurent Kretz, le cofondateur de SubMate, une application qui permet de découvrir des gens et choses à faire dans ses zones de vie. Il est aussi le co-organisateur de Start In Paris.
Début Septembre, j’ai été invité à la Founder Conference à Paris, organisée par le Founder Institute, pour participer à une table ronde sur le financement et développement de startups en France (vidéo). En dehors de quelques uns de mes commentaires qui ont pu faire sourire l’audience, ce que j’ai dit pourrait se résumer à cela : lever des fonds pour sa startup est difficile partout – mais c’est certainement plus simple partout qu’en France.
La scène tech française est GÉNIALE !! Mais …
Il n’y a rien à redire à propos de l’écosystème startup français : il est dynamique, passionnant, bouillonnant et plein de potentiel. Il y a des dizaines d’évènements, et de superbes projets en train d’éclore. Nous avons de très bonnes écoles et des talents à trouver. Le blog ReadWriteWeb a un bel article sur le sujet (en anglais) : Never Mind the Valley: Here’s Paris, et TechCrunch (France/Europe) et Startup Digest relaient tous les évènements importants.
Le seul maillon faible en France est le suivant : même s’il y en a, a priori, beaucoup, il est dur de trouver les fonds pour se financer. Et le problème provient certainement de notre culture : il semblerait que les Français soient (roulements de tambours) réticents à prendre des risques.
Je ne cherche pas qu’à taper dans la fourmilière, donc clarifions et adoucissons : les investisseurs Français ne sont pas très aventuriers sur tout ce qui est social web. Si on prend les derniers investissements en France, ils sont presque tous dans le e-commerce ou le transactionnel. Même le fond français early-stage le plus actif, avec une stratégie d’investissement presque unique et très agressive (100 investissements en 2 ans), investit principalement en transactionnel. Seules 4 ou 5 boîtes de leur portefeuille : Paper.li, Plyce, Status.net, Rapportive, Card.biz sont dans les catégories social / d’échelle. Et de ces 5 exemples, seuls 2 sont en France (Plyce et Card.biz). Même si c’est une tendance de fond dans le monde des startups (il suffit de regarder la dernière promotion YCombinator), en France, la majorité des investissements se font dans le transactionnel.
Pourquoi n’avons-nous pas de Facebook, Twitter, Digg, Tweetdeck, Bitly, Tumblr, Last.fm, Bebo, … en France ? Pour de nombreuses raisons, mais principalement parce que nous n’investissons pas dans les startups sociales. Malgré cela, nous avons parmi les meilleurs sites de e-commerce / transactionnel au monde…
Il y a de l’argent, mais pas de milliardaires. Dans la seule ville de New York, il y a 667.200 millionnaires. Le double par rapport à la France entière. Pendant le panel de la Founder Conference, j’ai raconté l’histoire de ma première entreprise aux Etats-Unis, il y a 6 ans. J’ai réalisé un petit tour de table en amorçage (150K$) sur business plan. Pas de produit, pas d’équipe technique, juste un plan. Mais les investisseurs qui nous ont fait confiance l’ont fait pour l’équipe, la vision, mais, plus important encore, pour le potentiel. Ils savaient que pour gagner gros, il faut risquer gros.
Faites moi confiance, je peux y arriver. Il y a des startups françaises qui se basent sur des effets d’échelles et trouvent du financement. Si si, j’en ai vues. Mais fondées par qui ? Des entrepreneurs aguerris qui n’en sont pas à leur première expérience, principalement. Tant mieux pour eux, mais quid de la myriade de “wantrepreneurs” en herbe qui rêvent de lancer le prochain Twitter depuis la France ? Là, nous touchons un autre problème typiquement français, que voila.
En France, la confiance se gagne. Aux Etats-Unis, elle se perd. En d’autres termes, aux Etats-Unis, on débute avec un “capital confiance”, un index 100. C’est à l’entrepreneur de faire en sorte que la confiance reste, de satisfaire les attentes de ses investisseurs. En France, le capital est nul, l’index de 0, et il faut le construire avant de pouvoir demander de l’argent.
C’est de la faute des entrepreneurs!! J’ai rencontré semaine dernière Hussein Kanji, entrepreneur récidiviste devenu business angel et capital-risqueur. Nous parlions de financement en seed / amorçage de startups techno en Europe. Hussein me faisait remarquer quelque-chose de très simple : une belle société pour un entrepreneur n’est pas forcement la même chose qu’une belle société pour un investisseur. En effet, pour nous entrepreneurs, une belle société veut dire changer le monde, le faire avancer, pourvoir à la société avec un service qui réponde à un besoin latent. J’aurais adoré fonder Wikipedia, Twitter ou Craigslist par exemple. Pour qu’un investisseur participe à une levée de l’un de ces projets, il aurait fallu qu’il soit philanthrope, ou visionnaire insensible au risque. Ce qui fait une belle société pour un investisseur, ce sont les €€€ que la société peut générer, et ce le plus vite possible.
Et pourquoi pas un regard externe (… et transatlantique) ? Est-ce de la faute de nos entrepreneurs ou celle de nos investisseurs ? Il faudrait promouvoir des rencontres et démos de projets français à des investisseurs Américains. Il est relativement rare de voir des investisseurs en amorçage prendre des participations dans des startups à plus d’une heure de leur base (train, voiture ou avion). Mais ça arrive : il y a peu, le gagnant de SeedCamp, Brainient, a annoncé une levée de $800K incluant des investisseurs de la Silicon Valley. Brainient est basée à Londres.
Imaginez que quelqu’un (hmm … TechCrunch Disrupt Paris?) organise un “demo-day” de startups Françaises avec 5 à 10 business angels et VC américains. Il suffirait de l’organiser juste avant ou après LeWeb en décembre. A bon entendeur …
Pour conclure ce post, je ne dirai que ça : en France, nous avons clairement le potentiel, la créativité et les cellules grises pour créer et lancer le prochain Twitter ou Facebook – il nous faut juste quelques business angels visionnaires pour nous faire confiance, et être prêt à perdre un peu d’argent sur la route de leur premier milliard.
**Si vous avez une expertise dans un certain domaine ou une idée de guest post que vous aimeriez partager avec les lecteurs de TechCrunch, contactez-moi par email à roxanne (arobase) techcrunch (point) com.**






Très très intéressant !
merci de cet article, que je vais tweeter immédiatement !
Merci de te faire le porte-parole d’une partie de la startupsphère, celle qui agit dans l’ombre actuellement
C’est un sujet très à la mode, depuis l’intervention de Jonathan Benassaya à la même founder conference. J’entends beaucoup d’entrepreneurs sur le sujet mais pas d’investisseurs. J’espère que les commentaires qui suivront me donneront tort… Allez messieurs, soyez sympa, faites péter les kE !
Bravo pour cet article Laurent, il est très intéressant !
Néanmoins je me pose la question suivante : Qu’en est-il de Londres et d’autres capitales d’Europe concernant les investissements ? Est-ce le même constat qu’en France ?
Tu évoques la société Brainient basée à Londres justement qui a bénéficié de fonds américains. Ne peut-on pas trouver ces investisseurs en Europe ? (Je suis totalement novice sur le sujet, ce sont des vraies questions, pas des trolls !
Il y a beaucoup d’investisseurs en Europe, mais peu qui prendront le risque d’investir sur des sujets dont la preuve se fait sur le long terme (vs un ROI très court)….
Merci Laurent pour ce billet. Je comprend ton point de vue du coté de l’entrepreneur et je partage un peu ton avis. Mais pourtant si tu regardes du coté des portefeuilles des VC français tu verras qu’il y a des ratios classiques de quelques boites qui marchent forts pour beaucoup plus qui vivotent ou même qui meurent. Il y a donc bien des prises de risques, en tout cas de l’argent perdu….
Attention, le sujet de ce post n’est pas qu’il n’y a pas d’investissements, il est de dire que la prise de risque se fait en essayant de limiter ce risque au maximum. Donc oui, il y a des investissements. Et oui, les ratios de réussite/échecs se confirment. Mais c’est le type de société dans lesquelles les investissements se font qui est question….
L’autre problème c’est qu’en France les investisseurs veulent un retour à court terme. Il ne faut pas oublier que Google, Amazon, FB ont mis des années à faire des bénéfices (pour FB ca reste à démontrer).
L’autre avantages c’est qu’aux US ils ont une culture très technique, ils ont compris l’importance de la technique et des ingénieurs. Il n’est pas rare d’avoir des techeux à la tête de startups. En France on méprise la technique, ce qui fait que seul les marketeux/commerciaux lancent des boites avec des résultats pathétiques… (vision court terme, metoo, on gratte sur le financement du dev, etc…)
Je partage completement cet avis. C’est exactement ce que j ai vecu cette annee…
Un veritable calvaire pour nous et notre equipe.
Aujourd’hui, il y a suffisamment de technologie pour faire emerger de nouveaux acteurs significatifs.
Continuons a ne pas investir dans les technologies ou a les revendre une par une a de grands groupes dans quelques annees nous allons perdre la partie.
Je crois qu un des principaux problemes reste que la plupart des fonds francais sont diriges par de pur financiers sans background technologique (anciens banquiers, ecole de commerce…). Ils sont incapables de faire la difference entre un pipauteur et un veritable developpeur.
Google a beau etre considere par les banquiers comme une societe de Media, son coeur de metier est la Tech.
Messieurs faites un peu confiance au techos donnez leur la place qu ils meritent (Vous pourriez deja commencer par en embaucher quelques un dans vos fonds. non?)
Bref, pour l’instant, je suis en angleterre.
S’il vous plait, arretez de penser petit, changez votre strategie d’investissement que je puisse enfin revenir en France.
Bon article qui oublie deux causes :
1) Les lois françaises de type ISF qui font fuir les gros capitaux,
2) Les lois françaises toujours qui n’encouragent pas la prise de risque des investisseurs (voir point 1)
J’aime beaucoup l’idée du Demo Day. Et pour vraiment comprendre la différence il faudrait pouvoir présenter en même temps à des investisseurs français et à des investisseurs américains. De cette façon on aurait un bon comparatif des questions, de l’analyse et de leurs perceptions !
Super idée. On en parle avec quelques autres entrepreneurs, ça pourrait se faire un de ces jours!
A ta disposition pour l’organiser
A votre disposition pour pitcher
Excellent point de vue, que je partage à 200%
@Georges – je ne vois pas pourquoi la loi TEPA ferait fuir les gros capitaux. Au contraire, les fonds TEPA / Business Angels occasionnels qui se forment permettent justement de les remplacer sur la partie “seed”. D’ailleurs les holdings TEPA et VCs collaborent souvent ensemble sur la suite des dossiers.
Et pour ton point 2, réduire à 25% la prise de risque sur une décision d’investissement direct en seed, si tu n’appelles pas ca un encouragement..!
Je suis bien content que tu aies fait cet article cela fait longtemps que j’hésitais à le faire, et ça me rappelle la question que j’avais posé à Jonathan de Deezer durant cette conférence
Mais tu as tout à fait raison et c’est la triste réalité de notre écosystème, si je n’avais pas eu les reins très solide, il m’aurait été impossible de financer MyID durant les 4 dernières années.
Nos VC français sont plus des banquiers que des capitaux risqueurs… ils ont oublié la notion de risque inhérente à leur métier.
“Nos VC français sont plus des banquiers que des capitaux risqueurs” => je n’y suis pas encore, on en est qu’à la clôture du seed, mais la formulation est bonne … exactement ça
J’ai été confronté à cette difficulté en France pour lancer Kisskissbankbank.com qui est un site de crowdfunding généraliste :
” Kisskissbankbank vous aide à collecter des fonds pour concrétiser vos idées et vos projets “.
Toujours les même réponses : “trop “early stage”, revenez nous voir quand vous avez prouvé que votre concept fonctionne a petit échelle, et nous financerons le développement”.
Malgré tout, nous avons fini par trouver un capital risqueur français qui nous a suivi en investissant 700 k€ en 2009 : XAnge Private Equity !!!
Bravo à Hervé Schricke et son équipe qui ont cru en nous.
Stay tuned, on y travaille… Save the date: 30 mars.
je me suis inscris sur votre site; j’ai pas tout pigé.
On peut y faire quoi exactement ?
@laurent vraiment une belle analyse;
Rien de nouveau a l’horizon (Article et commentaires) et ce même bien avant la Bulle
Et même coté “Marketing” la plupart ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et ne savent que fonctionner sur des modèles “à la mode” et dépassés
Bon il faut dire que les ambitieux “start’uppeurs” ne sont pas mieux quand on leur propose de s’y prendre autrement … eux même ne veulent pas se bouger
Quand on pense qu’il y a tout sous “nos pieds” pour faire sans besoin “de ces ‘investisseurs aveugles” quitte à les faire entrer plus tard mais pas a leurs conditions
et surtout avec des tickets d’entrée plus cher !
Bonsoir Laurent,
Et puis, comme business angel, j’en suis à 2 gamelles et pas encore de sortie…par le haut !
Moi, j’adore prendre des risques en amorçage, mais j’ai pas (encore) de millions à investir
Plus sérieusement, je compléterai le débat avec http://www.business-angel-france.com/2-idees-recues-sur-le-financement-de-la-creation-dentreprise
Angéliquement.
Patrick
Salut Patrick,
Il ne s’agit pas d’investir des millions, mais de soupoudrer le marcher de petits tickets, ça suffit. C’est chronophage, mais tout le monde y gagne. Statistiquement.
Très bon article, cela dit pour moi le problème est politique (trop d’état pas assez de liberté pour les entrepreneurs et les investisseurs) trop de taxes trop de lenteurs administratives, pire c’est le gouvernement qui lead l’innovation via des aides
Tu as raison Laurent, j’ai dû aller chercher des investisseurs américains et israéliens pour financer Wikio, les français ne voulaient pas investir dans le media social.
Wikio est un bon exemple de l’erreur des VC Français face à l’innovation. Mais d’un autre coté tu as pu bénéficier d’une réputation dont beaucoup de petit entrepreneur ne peuvent compter
Merci Pierre ! Encore plus étonnant étant donné ton track record …
“En France, la confiance se gagne. Aux Etats-Unis, elle se perd.”
Tres bien resume!
Que Laurent se rassure, il y a pire que la France pour lever de l’argent dans le web social.. L’Amérique latine..
Ce qui serait intéressant pour mieux cerner le problème d’investissement dans le social media, c’est d’avoir des stats sur les modèles de croissance des médias.
Si on simplifie par exemple en deux modèles :
1/ construire l’audience d’abord, focus sur le produit, monétiser plus tard (approche très américaine qui donne les Twitter, Facebook, etc.)
2/ monétiser d’abord pour financer la construction de l’audience (appuyé plus tard par du financement)
La difficulté de financement en France semble obliger en quelque sorte à partir sur la voie 2 (personnellement, je ne pense pas que ce soit un mal que d’être obligé de réfléchir à son business modèle).
Mais il y a-t-il réellement tant de start-ups qui réussisse la voie 1 ? Je veux dire, même aux USA, à part les perles comme Twitter ou Facebook ? C’est là où des stats seraient utiles, ça expliquerait peut-être pourquoi ce n’est pas si intéressant que ça pour des VCs.
Olivier
Très juste, bravo !
Super article! Tant en live qu’en lecture
Peut-être que cela va changer dans les prochains mois (années?) Wait & see comme dirait l’autre!
J’aime bien l’article Laurent. C’est bien clair qu’il n’y a pas beaucoup d’options pour des fonds “early-stage” en France voir en Europe. Je suis d’accord aussi qu’un des problèmes principaux est le fait qu’on vit dans un culture plus ou moins “risk averse”.
En meme temps, je voulais prendre cette opportunité pour dire a tous, que nous, chez HackFwd, on est pret a prendre des risques – surtout sur le web (social), avec des startups tres tres early stage, plutôt avec des fondateurs developpeurs, qui viennent avec un simple prototype. On espere bien avoir des startups françaises dans notre portefeuille bientôt.
Petit a petit, on peut changer notre eco-system en France.
L’absence d’une émission telle que “Dragon’s Den” en France n’est-elle pas également le signe d’une certaine frilosité?
Intéressant ! Je rajouterais trois points:
1. Sur la question de la confiance, relire “Le mal Francais” d’Alain Peyrefitte. Ecrit en 1978, ce livre est tjrs d’actu et décrit une société de la défiance.
2. L’aversion au risque n’est pas spécifique aux investisseurs. On ne développe pas l’esprit d’innovation mais plutôt de reproduction dans nos écoles d’ingé. Un ingénieur sortant d’une grande école veut d’abord “assurer” et travailler dans une grande société genre CAC40.
3. Et que celle-ci traite ses fournisseurs non comme un écosystème de partenaires lui apportant de l’innovation mais comme une variable d’ajustement en temps de crise.
Mais pour être optimiste, nous passons dans la douleur d’une économie du rattrapage à une économie de l’innovation.
Et oui, on aimerait que ça aille plus vite !
Hello
vu qu’en j’en suis une!
Attention je vais me faire l’avocat du diable
Pour commencer, je suis complètement d’accord avec vous sur l’aversion au risque qui fait davantage partie de la culture française qu’américaine. Oui les VCs français n’auraient surement pas investi dans un facebook ou un twitter et je suis la première à le déplorer.
Ceci étant dit, une autre constante de la culture française consiste à se plaindre et avoir l’impression que c’est toujours mieux ailleurs… Il y a quand même en France de beaux projets qui trouvent des financements très tôt et même dans le social (Viadéo n’a eu aucun mal à trouver des fonds). Pour ma part, j’ai participé à un investissement où on a spinoffé une équipe d’une grande boite. Les fondateurs (des jeunes novices de entrepreneuriat) y avaient développé un super produit et voulaient se lancer. On a décidé d’investir avant que la société soit même créée et nous sommes ravis de cet investissement.
Bref, il y a aussi pas mal de VC français qui sont à l’écoute et ne demandent qu’à être convaincus (Dans un rendez-vous, votre pitch est essentiel, et si les VCs américains sont meilleurs que nous, les entrepreneurs du même pays sont les rois du pitch clair et percutant).
Et puis n’oubliez pas que la levée de fonds n’est pas, et ne dois pas être le centre du problème. Pensez business, pensez produit et si vous avez vraiment un bon projet le fuel viendra que ce soit des US ou de France. Bien sur que certains modèles (surtout dans le social) n’ont pas de business model au départ et que ça peut donner des énormes succès. Mais honnêtement, qu’un entrepreneur n’ait aucune idée de la façon de monétiser son produit en se cachant derrière “Facebook savait pas non plus” c’est trop facile. Je connais une super startup dans le social en France qui s’autofinance avec du B2B alors que l’ambition est de faire du B2C. et je trouve ça malin. Il faut aussi prendre ses responsabilités au lieu de dire « les méchants VCs français sont trop bêtes pour comprendre mon idée géniale »
Bon ayant dit ça je comprends très bien le point de vue des entrepreneurs et je pense que l’article de Laurent est fondé. Il faut aussi que vous fassiez bouger les lignes et si ça nous aide, nous VC, à nous remettre en question c’est très bien. Je fais partie d’une génération de VCs plus jeunes qui essaient de faire évoluer les choses aussi.
Mais bon, un débat où tout le monde est d’accord ce n’est pas drôle donc j’ai mis mon grain de sel
Mounia (@moumsinette)
Salut Mounia !
Loin de moi l’idée de penser que les VC, BA ou super angels sont des diables. Leur analyse et thèse d’investissement a du sens, mais du sens que pour eux. J’essayais de prendre de la hauteur par rapport aux invts en France.
Viadeo a mis 3 ans pour faire sa levée. C’est long. Auraient-ils pu atteindre le niveau qu’il avaient en 2006 un ou deux ans plus tôt si des VC leur avaient fait confiance tout de suite ?
La levée de fonds ne doit pas être le sens du problème ? Oui ok, il faut un produit, une équipe, et des clients. Mais il est souvent dur d’imbriquer ces trois éléments sans fonds. Oui, boostraper c’est possible, c’est une bonne école et 37 Signals s’en sort très bien.
Concernant le business model… N’importe quel entrepreneur qui n’aurait pas d’idée sur la façon dont son projet va faire des ronds, je lui dirai de repartir à 0. Mais dans le social web, savoir comment on va faire de l’argent ne suffit pas, il faut des utilisateurs, et souvent beaucoup. Et pour arriver à “beaucoup”, il faut souvent “beaucoup” d’argent tôt. Twitter est un mauvais exemple, c’est le 1/1000 bénis des dieux. Mais MySpace, Facebook, Meetup, … avaient une idée claire de comment se rémunérer. Il leur fallait juste des membres.
Reg. « les méchants VCs français sont trop bêtes pour comprendre mon idée géniale » => bien sûr, tu as raison. Il faut toujours se remettre en question à chaque “non”, et voir comment on peut avancer, évoluer. Mais du coup ce “non” trop fréquent tue la créativité, et les entrepreneurs doivent donc utiliser le plan B (faire du B2B avant le B2C, changer de modèle, changer de concept, …) pour se financer.
Imagine que quelqu’un ait dit : “Non, Picasso, tes toiles avec des nanas bizarres dessus ne se vendront jamais, fais des vélos plutôt”.
Alors pour Viadéo la vérité c’est qu’ils n’ont pas voulu lever d’argent avant 2006 et dès qu’ils l’ont souhaité, ils ont trouvé direct (même que pas mal de VCs étaient sur les rangs…) . Donc c’est à l’entrepreneur de savoir aller sur le marché avec un projet attrayant (pas forcément en terme de maturité, certains projets papiers le sont).
Tu as raison il ne faut pas trop se remettre en question sinon on perd sa créativité mais il faut aussi prendre ses responsabilités si les autres n’y croient pas il faut y aller avec les moyens du bord.
Bref c’était juste pour vous signaler qu’on essaie de bien faire notre taf et que si vous voulez nous parler de vos projets vous verrez qu’on n’est pas tous des “banquiers”
On en reparlera de vive voix si tu veux. Bonne journée Laurent
Avec plaisir
Apéro Entrepreneurs ?
Twitter aurait effectivement eu des difficultés à naître France, ils ont une audience en forte progression, sans vraie monetization.
Juste analyse Laurent, tout comme le commentaire pertinent de Nicolas sur le mal français.
Petit retour d’expérience :
le permet … le chat se mord la queue.
En 1999, je me dis que vendre les photos de monsieur et madame tout le monde aux professionnels de la presse et des medias pourraient être un BM fructueux et intéressants pour tout ses acteurs (à l’époque, istockphoto et fotolia n’existent pas).
Après quelques mois (et quelques milliers d’euros) à écrire un BM et un BP qui tiennent la route, je rencontre différents investisseurs potentiels (seed, CR, BA, … je ne citerai pas les noms mais ils y sont tous
Mis à part Paris Business Angels, aucun d’eux ne savaient que la photo représentait d’ores et déjà un business … en créer un sur un mode collaboratif était donc simplement inconséquent.
Depuis, Fotolia (en s’appuyant sur du “love money” très conséquent) et istockphoto (Canada) ont été créé et ont fructifié (sur des bases identiques à celles que j’avais prévues).
Les raisons selon moi (je grossis le trait) :
- les investisseurs ne vont que sur des marchés (et/ou des modèles) qu’ils connaissent.
- ils ne s’appuient que sur des personnalités connues et rassurantes (ex : Gilles Babinet/Eyeka) et tant mieux pour eux.
- les investisseurs qui appuient un projet au stade du dossier papier sont rarissimes. Il faut donc pouvoir mettre en place un site – au moins vitrine (ou un proto) – et pour cela, avoir quelques K€. Seul un réseau (écoles de commerce par exemple) et/ou une famille attentive (et riche
J’ai finalement monté ce site là, mais d’autres projets sont restés dans les tiroirs uniquement pour les raisons énoncées plus hauts. Il manque clairement en France l’étage intermédiaire qui permettrait à des projets à l’état de papier de passer facilement à celui de dossier visible par les investisseurs. Qui m’aime me suive …
Ma conclusion personnelle qui va dans le sens de votre article : on veut bien prendre des risques tant qu’il n’y en a pas trop …
Excellent article !
Des commentaires, je retiens :
@ Charles Nouÿrit
“Nos VC français sont plus des banquiers que des capitaux risqueurs… ils ont oublié la notion de risque inhérente à leur métier.”
@Mikael
“En France, la confiance se gagne. Aux Etats-Unis, elle se perd.”
Super blog, mais pour avoirs des angels il faudrait une demi douzaine de companie comme Facebook ou Microsoft que sont devenue publique et qui on crée des dizaines, si non des centaines, de nouveau milliardaires qui comprendre et qui se sont mi a la mentalité de Silicon Valley – “give back what you take”.
Merci pour cet article, il donnerai presque envie d’aller chercher à lever des fonds.
Pour ma part je développe un produit solide et quand je le sentirais j’irais en parler à ceux qui ont les fonds.
S’ils me suivent tant mieux on pourra accélérer, sinon tant pis je continue sans eux.
Pierre
Article niveau brève de comptoir : « tous des pourris »… c’est assez fatiguant…
Faut s’remettre en question mon bon monsieur !
Tonio a dû mal lire ou passer trop de temps au comptoir pour apprécier l’intégralité de l’analyse de Laurent !
Merci! Laurent pour ce temoignage.
En esperant, que les choses changent vite.
Bonjour,
Je suis tout à fait d’accord avec le fait que la France est un pays difficile par rapport aux Etats-Unis. Il n’en demeure pas moins que la France est plutôt bien placée en Europe, et se trouve d’ailleurs dans une position centrale, à la fois géographique et culturelle.
Enfin, en ce qui concerne les fonds d’amorçage, IT @ngels, http://www.itangels.fr, est une association de business angels, créée il y a un an, qui est spécialisée dans le financement en amorçage des entreprises technologiques.
Qu’on se le dise !
Une petite startup française social :
http://www.senscritique.com/
(si quelqu’un veut une invite demandez moi)
Bonjour,
je viens de découvrir le site et par la même cet article.
j’ai eu une idée voila bientôt 6 ans qui répond à un besoin réel comme je peux le lire dans l’article.
Etant issu, ni du monde de la finance, ni du monde du web, je me bat pour elle depuis.
Il m’a d’abord fallu apprendre la conception web parce que je n’ai trouvé personne pour la développer …
Aujourd’hui soit plus de 3 ans après la mise en oeuvre de la première ébauche, je ne trouve personne pour la commercialiser et lui donner une dimension raisonnable.
Je parle la d’un projet franco-français qui pour prendre son envol ne nécessiterais guère plus de 5 à 500k€ pour se lancer selon la dimension que l’on veut lui donner.
J’ai eu le nez dans le guidon technique ces 5 dernières années et je relève seulement maintenant pour envisager le côté financier.
L’idée même de trouver des investisseurs me dépasse.
Alors imaginer trouver des investisseurs en dehors de ma propre base pour reprendre les terme de l’article c’est tout bonnement impensable.
J’ai mis le concept en place et j’ai mis sur pied un site internet simple qui permettrait de le jauger.
J’ai (heureusement) acquis la confiance de mon banquier pour un lancement à 5k€.
Mais lors de mes recherches de financement on m’a demandé et invité à voir plus grand et imaginer si un lancement de start up serait envisageable au lieu de monter la boite du bon père de famille français.
J’ai donc revue ma copie façon start up et tout les voyants sont au vert.
Maintenant que tout est près ou presque on me regarde gentiment en me disant que c’est bien d’avoir une idée puis un concept et de le tester grandeur nature mais comme je suis seul, sans d’équipe technique, avec juste un gentil site fait de bric et de broc, à 2 francs 6 sous, et un plan … on me dit que je peux retourner jouer dans ma campagne.
Faut il que je m’exporte aux US ou que je m’endette sur les 350 prochaines années pour lancer la chose ?
On est pas dans l’absence de risque!
On est dans la bureaucratie pour les bureaucrates et les fonctionnaires.
95% des interlocuteurs que j’ai eu ces 5 dernières années sont des fonctionnaires ou des salariés qui évaluent la faisabilité d’un projet dont ils n’ont ni la capacité de comprendre le fonctionnement technique ni même de concevoir les retombées économiques.
Je ne parle pas du besoin auquel il répond, puisqu’on a bien vu dans l’article que c’est le cadet des soucis d’un investisseur que de répondre à un besoin.
J’ai cru il y a 6 ans que partir d’un besoin et concevoir l’outils pour y répondre était l’étape la plus importante.
Avoir un outils réel et fonctionnel, lui prévoir un amortissement, ce n’est rien si il n’est pas rentable pour les investisseurs.
Ce n’est pas de la prise de risque que de garantir l’investissement et le retour sur investissement.
C’est tuer toutes formes de réponse à un besoin, si celui ci n’est pas capitalisable avec garantie sur facture.
je pense que vous ne vous posez pas les bonnes questions : qui sont les investisseurs en France ?
Souvent des personnes ayant fait fortune lors de la bulle internet des années 2000 avec des projets “pipeau dingo” . Ces investisseurs n’ont pas envie de subir ce qu’ils ont fait eux subir aux autres …
Quant aux projets de type facebook, c’est surtout une question de vision : le projet “copains d’avant ” avait toutes les fonctions du réseau social en vogue actuellement mais a-t-on vu ses possibilités à l’époque ? il faut croire que non . De plus, la publicité gratuite pour facebook généralisée sur nos médias doit bien faire marrer ses créateurs
La culture US de l’entreprise est à l’opposé de la nôtre : les démarches pour créer son activité en France sont hyper péniles même si la création de l’auto entreprise est un progrès notable mais ne concerne que des petits projets . D’autre part, il est plus facile de rentabiliser un projet développé en anglais que de s’adresser juste aux français .
Il est difficile de demander à un VC qui doit rendre des comptes à des investisseurs de ne pas prendre en compte la prise de risques et le ROI. En revanche, la loi TEPA était une formidable opportunité francaise pour créer un tissu de BAs. Ce sont les BAs qui manquent en France (même si certains entrepreneurs qui ont réussi dans la hi tech ces dernieres années sont tres actifs) . Le lobby du CR a détourné cette loi de sa mission essentiel (à mon sens) cad faciliter l’amorçage. Il en a résulté des abus qui ont entrainé un retour en arrière. Il fallait (faut) privilégier l’investissement direct dans les entreprises. Il y avait des moyens d’éviter la création des holdings – vampires à commissions. Il n’est pas trop tard pour revoir la nouvelle loi !…