Après cette rentrée 2010, on peut dire que la nouvelle année start up française est définitivement “bien” lancée. Depuis le début du mois de septembre, j’ai eu l’occasion d’assister à pas mal d’événements très intéressants et de rencontrer beaucoup d’entrepreneurs, débutants ou confirmés, qui avaient tous dans les yeux la flamme des passionnés (amen). J’ai donc voulu faire une petite synthèse des opinions de ces différents acteurs qui, j’espère, reflète l’état de l’entrepreneuriat web en France. Bien sur les commentaires sont là pour la discussion et le partage d’opinion, aucun cas il ne s’agit pour moi de donner des leçons (essayez tout de même ne pas atteindre le point Godwin trop vite svp).
De la situation actuelle
Tout d’abord pour avoir une bonne image de la situation actuelle je vous conseille le visionnage de l’intervention de Jonathan Benassaya lors de la conférence du Founder Institute (dont nous avons parlé la semaine dernière). Sa synthèse est excellente, et loin d’être un avis isolé, de nombreux entrepreneurs font le même constat, je reprends donc ses points pour leur valeur synthétique.
En France on possède un environnement favorable pour la création d’entreprise:
- création facilité (capital requis, au niveau administratif…)
- les super angels français (avec Jaina, Kima, Isai…) permettent de trouver rapidement du soutien pour le premier tour.
- de nombreux avantages fiscaux et aides au financement: le CIR, la JEI, OSEO permettent d’augmenter rapidement sa mise de départ. Ces dispositifs sont spécifiques à la France.
On le constate, démarrer sa start up n’est pas insurmontable et pour peu que l’équipe et l’idée soient solides, effectuer une première levée n’est pas plus difficile qu’aux states. Là où le bât blesse encore pour les start up françaises, c’est lors du passage du cap du marché national à la compétition internationale, cela pour diverses raisons:
- un héritage culturel français lourd à porter: avoir de l’ambition et vouloir gagner de l’argent en France c’est encore mal perçu.
- manque d’ambition affichée: je veux construire le prochain Google, le prochain Facebook.
- désintérêt des grands grands groupes (télécom ou autres) pour les start up, ils préfèrent les copier (souvent mal) plutôt que de s’appuyer dessus ou les racheter.
- problème des VC français qui ne font pas franchir l’étape internationale aux start up, le marché français est petit au niveau B2C, il faut rapidement aller sur un terrain de jeu plus grand.
Il est clair qu’actuellement il est difficile d’obtenir du soutien et de la “traction” au niveau international si une boîte est accompagnée uniquement en France. Rencontré également la semaine dernière, Gilles Barbier (Dismoiou) faisait ce même constat, avec un environnement beaucoup plus dynamique aux US où il trouve une qualité d’écoute et de retours bien supérieure. En étant dans la valley, chaque soir vous avez l’opportunité de pitcher des investisseurs, des entrepreneurs qui vous feront des retours sans concession et vous permettront d’avancer. Ce témoignage, encore une fois, n’est pas isolé, même son de cloche pour Pascal Métivier d’openways (solution innovante d’ouverture de portes d’hôtels, dont nous avons parlé ici), en France aucun groupe hôtelier n’a voulu intégrer son produit, aux Etats Unis après à peine quelques semaines Hilton et Hollidays Inn ont lancé des programmes de tests en réel.
Il ne s’agit pas de tailler gratuitement la situation française mais simplement d’être réaliste et de voir la réalité en face.
De l’évolution de la situation
Loin de tomber dans la sinistrose je trouve la situation actuelle au contraire enthousiasmante car en pleine évolution.
Pour construire un écosystème solide il faut que tous les types d’acteurs soient forts: le “terreau” entrepreneurial (tous les jeunes qui se lancent, toutes les petites start up etc.), les start up “stars” qui sont les modèles de succès à suivre, les investisseurs (seed ou VC), les médias tech fr pour faire vivre l’actualité et enfin les grosses boîtes qui sont en théorie des acquéreurs potentiels…
Du côté du “terreau” d’entrepreneurs français ça bouge de plus en plus! Il même est quasi entrain d’exploser. De plus en plus d’événements/concours web avec de plus en plus de participants et de start up présentes. Il n’y a qu’à voir la salle pleine pour le founder, la cantine bourrée à craquer lors du start in Paris ou le succès des quelques rencontres informelles dont on a déjà parlé sur Techcrunch. La différence de dynamisme sur la scène tech est notable entre l’année dernière et cette rentrée. Le nombre de jeunes qui se lancent après leurs études est très certainement en augmentation, une culture entrepreneurial web est petit à petit en train de se (re?)créer.
Pour les start up “stars” il est vrai qu’il manque encore une grosse exit ou un gros succès international pour lancer la machine (au niveau B2C/social en tout cas), certes il y en a: Priceminister ou encore Vente-privée, mais comme me disait un entrepreneur lors d’une soirée “il serait temps qu’on montre qu’on est pas uniquement bon en e-commerce en France”
. Encore une fois plusieurs “candidats” à ce titre se positionnent et les années à venir ont des chances de voir un beau succès se concrétiser.
Au niveau des investisseurs le point positif est l’émergence des super angels français. Du coté des VC, même s’ils sont parfois décriés, ils ont un rôle important à jouer et rien n’empêche les entrepreneurs d’aller pitcher au-delà de nos frontières après un amorçage au chaud à la maison. Je terminerai sur les medias tech, clairement il faudrait que cela bouge et que de véritables relais se fassent entre des sites qui couvrent mieux les jeunes boîtes françaises (je suis conscient, à titre personnel, que cela pourrait être mieux sur Techcrunch fr) et les médias plus mainstream comme lemonde par exemple (un peu à l’image d’un New York Times qui regarde du côté des TechCrunch US et autres pour parler des services prometteurs comme Foursquare ou Twitter à l’époque). Mais de ce côté les choses bougent et s’améliorent petit à petit également!
Bref, en conclusion beaucoup de choses à dire (je n’ai pas parlé des excellents ingénieurs fr, ou encore des entrepreneurs qui ont surpris Adeo Ressi par leur qualité de pitch) et à faire mais tout ne fait que commencer en France, et ça repart bien!
Photo by Anirudh.






Excellent article, rien à dire!
Belle analyse !
Je pense que tu as raison, tout ne fait que commencer en France, et surtout avec l’avènement de ce que l’on appelle les “Super Angels” , on peut s’attendre à une plus grosse compétition entre les fonds dans leur capacité à dénicher LA perle rare !
France is feeling lucky !
La France compte plus de 4 000 Business Angels et pas moins de 81 réseaux (dont 13 en démarrage).*
Seulement, on cite toujours le trio (Jaina, Kima, Isai). Il y a un problème ? J’espère que la situation va s’améliorer concernant ce point.
*source: franceangels.org
En France l’héritage culturel est vraiment une plaie, quand tu dis “Je monte ma boite” et qu’on te réponds ” Mais sinon, tu compte faire quoi après?”, sous entendu quand tu auras échoué…
Excellent commentaire, tout est dit. Il manque juste le, “ça existe déjà !” et visuellement le regard écarquillé de l’interlocuteur, qui traduisent bien les propos de Confucius :
Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire.
Merci pour cet article.
Sur le point de l’internationalisation, il faut aussi rappeler qu’il y a des avantages en quelques sortes à être en France (ou dans un pays non-anglophone on va dire). Cela vous laisse le temps de peaufiner votre produit sur un petit marché, avec moins d’exposition et donc moins de risques d’avoir 10 copies dans le mois qui suit.
Le jour ou votre produit est prêt et que vous allez à l’international, c’est trop tard pour vos concurrents anglophones, vous avez une trop grande longueur d’avance…
Tout est question de timing bien sûr, mais il faut savoir jouer de nos “faiblesses” comme des forces aussi
Ce n’est pas faux…
J’ai ete surpris (positivement) de l’esprit positif a cette rentree parisienne pour le monde des startups. C’est clair qu’il y a pleins de gens qui sont en train de se lancer.
Les complexes d’inferiorite sont encore la, mais on se soigne
Ca bouge en effet entre l’année derniere et cette année y a pas photo!
Par contre je trouve que les grosses boites Francaise sont une chance. On a toujours pas de Google ni de Apple (je parle meme pas de Bull!) Mais par contre on a plein de Xerox
Bref un chouette terreau pour recruter de brillantes personnes frustrée par leur boulot et ayant bossé sur de magnifiques technologies
Cela fait très plaisir d’avoir un point de vue optimiste et positif sur l’entrepreneuriat français. Il y a des choses qui marchent en France et il faut le dire. J’ai essayé de le faire de mon côté sur cet article (http://www.pourquoi-entreprendre.fr/2010/08/09/ce-qui-marche-en-france-aujourdhui/).
La vision du “business” en France serait en train de changer… Peut être qu’un jour nous arrêterons de voir l’argent comme le mal absolu mais comme un moyen de réussite.
En France, on pense encore qu’il est nécessaire de faire une levée de fond pour démarrer.
C’est une illusion.
Monter sa société en France n’est pas difficile en soit, quoique ce ne soit pas aussi simple qu’aux USA, en revanche, les difficultés rencontrées en France sont:
- on donne 80% de ce que l’on gagne à l’état (donc c’est évident que les angels et autre investisseurs se frottent les mains en pensant gentiment qu’on ne peu rien faire sans eux)
- on n’a pas de flexibilité en terme d’emploi (donc avant d’embaucher pour développer son projet, il faut s’assurer d’un minimum de capital ou de revenue => les angels se frottent les main et c’est normal)
- on est entouré de vieux papy qui se prennent pour les rois du petit monde qu’est la France tout en étant des tous petits face au monde (vous avez planté votre paille a pognon, elle est petite mais vous en êtes fière)
Quand Loic Lemeur montre une photo d’un stylo de l’ump portant l’inscription
‘En France tous est possible’
alors qu’il est partis aux USA justement car son business ne pouvais prendre de l’ampleur, personnel je chiale de rire.
Quand on sait que l’appel a projet web2.0 lancé il y a quelques temps réunissait des acteurs tel que la banque lazard qui venait gratter du financement publique pour un réseau social, merde on se demande si ce n’est pas une blague: la banque Lazard devrait laisser cet argent à ceux qui en ont réellement besoin. Je pourrais vous citer une pléthore d’autres aberrations quant à cet événement.
Hey les papys, faut arrêter de déconner et essayer de nous faire croire qu’en France on est bien loti => en France on est dans une merde technologique noir (faut juste pas avoir peur d’ouvrir les yeux).
La France à 10 ans de retard dans le web, en terme de tissu économique favorisant l’émergence de projets réellement innovants et compétitifs, mais également en terme considération pour l’entreprenariat.
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A la différence de vous, nous avons pour objectif d’offrir (et non de prendre), d’offrir plus que vous ne le pourrez jamais car
votre force financière n’est rien par rapport à notre invincible volonté d’entreprendre.
Nous nous donnons 5 ans pour faire émerger un environnement entrepreneurial sain porté sur notre passion et notre indépendance.
Nous sommes les ERETIK42.
ERETIK 42 j’attends de voir
Je suis néanmoins d’accord sur certains de tes points (Le Meur, Lazard, etc…) mais pour moi tout n’est pas si noir dans le paysage français
Des discours positifs comme celui ci font énormément de bien à attendre, et ils confortent les entreprenautes dans leurs convictions à entreprendre sur un marché tendancieux et malmené par une situation économique plus qu’incertaine.
Concernant les petits projets à forte ambition dans le domaine du social, en voici un qui va certainement faire énormément parler de lui d’ici peu : http://www.fysiki.com. Un projet innovant associant social et sport, et qui repose sur une technologie innovante qui est capable d’accompagner les sportifs de manière personnalisée dans leur préparation physique. Projet déjà fortement soutenu pour les acteurs publics…
En tout cas un grand merci pour ce témoignage encourageant et qui reflète le dynamise des jeunes entrepreneurs de la sphère Tech.
l’état de l’entrepreneuriat en france n’est ni pire ni meilleur qu’ailleurs. C’est juste l’exit qui n’existe pas. De plus un trop grande nombre de boites de technologie (type software vendors, et autres IT provider ) sont américains ce qui rend l’exit particulièrement délicate quand on connaît nos freins culturels. Se pose aussi tjs la question de la pertinence du rachat / la taille critique d’un acteur sur notre marché local – trop petit.
Pour ce qui est des vieux papys et autres investisseurs de l’age de pierre, je suis pas loin d’etre d’accord avec toi ERETIK. J’en ai croisé pas mal, fait bcp de briefing stratégie avec ces guignols et la seule chose qu’il en sort, c’est leur demande de garantie pour te financer à hauteur de 200.000 euros…. ridicule. Investir c’est oser risquer pour gagner. A ce moment précis, j’ajoute que je trouve que le niveau technologique moyen en france, ou plutôt la connaissance des technologies, des marchés, etc… des advisors est totalement déplorable. je suis prêt à en parler quand vous voulez….
Le problème en France c’est que les médias, et en particulier les médias “spécialisés” ne jouent pas vraiment le jeu comme cela peut être le cas au USA. Ici les entrepreneurs ont très peu de chance de faire l’objet d’un article si ils n’ont pas de “nom”. Du coup on nous rabat les oreilles avec des dizaines et des dizaines d’articles qui portent toujours sur les mêmes entrepreneurs et/ou les mêmes entreprises. Cet article en est la parfaite illustration, comme le soulignait plus tôt solennevm, on ne cite que les fonds qui sont tenus par des “entrepreneurs people”.
Bref c’est dommage parce que vous passez certainement à côté de super projets.
En France, il faut faire parti du sérail, sinon point de salut. Nous fonctionnons par consanguinité de réseau bien fermé et structuré. Aux US, c’est l’opportunité qui est maîtresse. La première méthode favorise le déclin, la seconde l’innovation et la concurrence.
@badib, veux-tu construire la France de demain ? nous avons besoin d’hérétiques .. en serais-tu un ? @eretik42
Nous sommes en train de concevoir une nouvelle manière pour créer des sociétés indépendantes en France. Elles n’auront pas besoin de seeds.. ni de fonds …
Ce qui compte, @badib, c’est la volonté et l’esprit, j’insiste sur l’esprit … facile d’être une racoleuse, difficile d’être simplement utile, honnête et prospert …
@christophe, non! il n’est pas utile d’en parler ensemble. En fait, tu ne nous intéresse pas, ou plutôt, pour le moment je ne te sens pas …
Pour les autres, vous avez raison de vous réjouir. La France est une personne âgée incontinente, plus elle vieillit et plus elle sent la mort. Les seeds, invest, angels, vous pouvez abuser d’elle … elle est ouverte…
En France,
être différent est un signe d’utopie,
être nouveau est un signe de jeunesse,
être passionné serais presque un signe de faiblesse …
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A la différence de vous, nous avons pour objectif d’offrir (et non de prendre), d’offrir plus que vous ne le pourrez jamais car
votre force financière n’est rien par rapport à notre invincible volonté d’entreprendre.
Nous nous donnons 5 ans pour faire émerger un environnement entrepreneurial sain porté sur notre passion et notre indépendance.
Nous sommes les ERETIK42.