La semaine dernière nous avons considéré la possibilité de monter un YCombinator en France pour maîtriser la création de start-up locales. Mais devrait-on s’inspirer aussi de ce qui se passe à l’étranger quand il s’agit des exits ? Même si nous avons vu récemment deux grands rachats en France, notamment celui d’Exalead par Dassault Systèmes pour 135 millions d’euros et celui de PriceMinister par Rakuten pour 200 millions d’euros, nous avons certainement moins l’habitude de parler de rachats que nos homologues sur le continent américain – et nous parlons encore moins de valorisations qui atteignent les milliards de dollars ou d’euros – comme celles de Skype ou de McAfee.
Prenons l’exemple de Sofinnova, l’un des fonds d’investissement les plus connus en France. Depuis le début de l’année, Sofinnova a fait 4 exits dans le domaine des TIC, un de moins que dans le secteur des sciences de vie : la boite Sensitive Object a été avalée par Tyco Electronics pour 62 millions d’euros en janvier, Streamezzo est passée sous la main d’Amdocs en avril, puis Sprice a été rachetée par Travelport en mai, et finalement les actions d’EmailVision ont été cédées à Francisco Partners. Certes, Sofinnova n’est pas le seul fonds français d’avoir fait d’exit cette année – mais il est probablement l’un des fonds locaux les mieux placés par rapport au nombre d’acquisitions.
Si on regarde de plus près, il devient évident qu’aucun des rachats ont été faits par une boite française, c’est-à-dire que toutes les entreprises sont passées sous contrôle étranger. A la limite on pourrait ignorer Sprice car la boite basée au Singapour (même si la boite est d’origine française et garde une majorité de ses activités à Strasbourg) – mais pour les 3 autres, il s’agit d’une boite française rachetée par une boite étrangère. Même dans le cas de PriceMinister, on peut remarquer le même phénomène. Devrait-on s’inquiéter ?
Chaque année, on voit plein de start-up françaises qui s’installent à l’étranger, surtout dans la Silicon Valley, et il y a en a qui déménagent même le siège de la société – comme Criteo ou VirtuOz, par exemple. Ces deux derniers l’ont fait pour obtenir du financement auprès des VC américains (Criteo a levé 7 millions de dollars avec Bessemer Venture Partners en mai et VirtuOz a fait un tour de table de 11 millions de dollars avec MDV en 2008). Mais plus que le financement, c’est les acquisitions par Google, Amazon, Ebay, Oracle, etc., qui font rêver les entrepreneurs français ou européens.
Pour Olivier Sichel, l’ancien PDG de Wanadoo et Partenaire actuel chez Sofinnova, il y a peut-être 2 grandes entreprises européennes qui ont développé une culture d’acquisition un peu à l’américaine : SAP, qui a racheté Business Objects en 2007 pour 4,7 milliards d’euros et vient de racheter Sybase en mai pour 5,8 milliards de dollars, et Dassault Systèmes, qui s’est offert Exalead en juin pour 135 millions d’euros. Sinon, il reste quand-même une bonne partie des grosses boites européens qui ne sont pas assez intégrés dans le monde des start-up pour avaler des jeunes boites comme fait Google - qui en a racheté plus de 10 depuis le début de l’année. D’ailleurs, le géant américain du Search a fait 5 acquisitions pendant le mois d’août (Angstro, Like.com, Jambool, Slide et Instantiations) pour au moins 352 millions de dollars (les montants pour 3 des 5 rachats n’ont pas été communiqués). En revanche, pour les sociétés moins familières et moins impliquées dans la création de start-up que Google & Cie., l’acquisition des jeunes entreprises présente forcément des risques.
Au niveau d’exits, il n’y a pas que les F&A – mais le marché des IPO en Europe est encore moins développé – mais c’est aussi le cas aux Etats-Unis, où les introductions en Bourse ont ralenti avec la crise économique en 2008. Par conte, la situation s’améliore petit à petit : l’année dernière TechCrunch avait publié une liste des 10 boites les plus probables de faire une introduction en Bourse au cours de 2010 et 3 des 10, soit Tesla Motors, Skype et Demand Media, ont déjà annoncé leurs IPO.
Peut-être certains grands groupes se sont déjà rendus comptes de la situation. Orange, par exemple, s’est adhéré au prochain Startup Weekend à Paris afin de mieux comprendre l’écosystème des start-up et d’accompagner éventuellement les projets issus du programme. Mais est-ce que cette approche sera suffisante ?
Avec le crédit impôt recherche, le statut jeune entreprise innovante, l’ISF, etc., les moyens pour financer une société locale sont nombreux. En revanche, elles vont toutes partir à l’étranger si les exits continuent à se faire ailleurs.






Bravo Roxanne pour cet excellent article qui met en lumière une triste réalité!
Euh …. quand Orange met des sous dans Deezer cela ne compte pas ?
Roxanne, le constat est intéressant. Pourquoi ces jeunes boites rêvent des US? Le financement, les exits?
Il y a aussi me semble-t-il l’ouverture à l’innovation. Je travaille dans une société innovante dans l’IT pour la finance. Nous avons plus d’écoute avec des banques a NYC que celles à Paris qui nous paraissent suivre les tendances anglo-saxonnes.
Je connais aussi un entrepreneur Francais dans la Silicone Valley installé la-bas depuis 1991 qui etait parti en faisant le raisonnement suivant: si je reussi aux US, je vendrai ailleurs et en France notamment. L’inverse n’est pas le cas.
Il me semble que nous pâtissons en France d’une mauvaise conception de la relation client – fournisseur empreinte de défiance réciproque qui n’enclenche pas facilement un partenariat constructif.
Et nous sommes sans doute moins enclins à prendre des risques, ce qui se traduit aussi par un moindre investissement en actions; et une tendance de l’Etat à compenser avec des mesures d’accompagnement qui n’atteignent pas leur buts.
Bref, vaste sujet !
Je fais le même constat. Il existe un réel problème de confiance en france. Décrocher les 3 premiers contrats ici ca tient du miracle ou de la gabegie. De l’autre côté de l’atlantique, on parle très vite de partenariat dans cette phase. Le client s’engage plus et incite de fait le fournisseur à s’engager plus. Idem pour les investisseurs.
? euh…
cette semaine : CPM Braxis (SSII du bresil) racheté par Capgemini (bien francais)…
idem dans un autre secteur (beauté il me semble), rachat par une boite francaise…
Très bon article, en effet ceci manque cruellement en France où la culture de l’aide étatique est omniprésente….
Mais la toute récente nouvelle du rachat de CPM Braxis (Brésil) par Capgemini (233 millions d’Euros quand même !) devrait vous faire plaisir en ajoutant une société française dans celles qui ont une culture du rachat (surtout que ce n’est pas leur premier coup !)….
Effectivement, un post très intéressant. Il existe effectivement beaucoup de différences culturelles entre nos 2 pays, et par conséquent beaucoup de différences dans l’investissement et dans la confiance que peuvent avoir les VC et autres fonds, dans le projets. Il me semble qu’en France on refuse de prendre son risque finalement. Les investisseurs cherchent des garanties et c’est définitivement ce qui manque aux créateurs. Quand on voit certains business case de startups US, je suis admiratif de la diversité de sujets, et des TENTATIVES sur lesquelles certains misent. Bien que je suis convaincu que le tissu économique est différent, nous avons les moyens de faire grandir des initiatives et des approches innovantes. 2 Questions aux investisseurs cités dans ce post, (1) sur combien de dossier vous prononcez-vous chaque année ? (2) S’agit il de projets totalement nouveaux, ou d’itération/adaptation de projets existants ?
Merci
L’investissement d’Orange dans Deezer? un constat d’échec plus qu’autre chose. Il suffit de regarder Spotify (en difficulté actuellement pour la renegociation avec les ayant droit) qui a une véritable ambition internationale, Rdio qui s’est lancé aux US, Apple et son site Ping fraichement lancé, pour comprendre que Deezer est à la musique ce que Dailymotion est à la vidéo: un acteur local. L’entrée d’Orange (qui valorise la société €80m… wow, big deal!!) ne change rien.
le rachat de CPM Baxis est hors sujet. L’article parle de startup française/européenne rachetée par des acteurs français/européens.
les quelques startups européennes qui marchent se font svt racheter par des gros poissons américains. Ex: CityDeal/Groupon (quelle que soit votre position sur le business modele), Skype/eBay, MySQL/Sun, etc.
On parle de 223m d’euros pour l’acquisition faite par Capgemini. C’est bien. à titre de comparaison, HP vient de racheter 3PAR pour $2.4bn. juste 10x le montant de l’acquisition de CPM Braxis.
Ah si j’oubliais… Alcatel Lucent a racheté OpenPlug cette semaine, une bonne boite bien de chez nous. 3. millions. d’euros.
vraiment, nous manquons d’acteurs européens avec une taille critique
Il y a un autre facteur à prendre en compte qui explique le faible nombre d’acquisitions : les grands industriels des TIC en France sont plutôt en phase de déclin. Qui sont les plus gros en chiffre d’affaire ? Technicolor, Alcatel, Sagem, STM. Quelle est leur croissance ? Dans le logiciel, il y a effectivement Dassault Système, le seul français qui fait plus de 1Md€, et il a une bonne politique d’acquisitions tant en France (Exalead) qu’à l’étranger (Solidworks, etc).
Les grands acteurs du numérique français qui se portent plutôt bien sont les SSII et le telcos. Mais ce ne sont pas de gros acquéreurs car ce ne sont pas des boites “de technologie” (au sens, de produits).
Mais il est vrai que TOUS secteurs industriels confondus, les grands groupes français n’ont pas une culture d’acquisitions telle ce que l’on peut voir aux USA. Quelques raisons parmi d’autres : syndrome du NIH (not invented here), structure des élites, approche encore trop traditionnelle et verticalisée de la R&D, industries manufacturières à cycles plutôt longs (BTP, aérospatial, énergie, matériaux, etc).
Le cercle vertueux de la chaîne alimentaire des startups est donc effectivement sérieusement handicapé en France. En général, et en particulier dans le numérique.
Une approche que l’on peut examiner sont les fusions d’entités de taille moyenne (cf HelloTipi+ViaFamilia, voire de startups entre elles. Leur impact industriel et financier reste faible, mais là aussi, l’union peut faire la force. Et les investisseurs ont un rôle à jouer pour favoriser ces rapprochements.
En france il reste très difficile de lever des fonds et de se faire racheter car les marchés sont frileux. On n’investit pas sans garantie. Alors que dans le reste du monde (et au USA plus particulièrement) l’investissement se fait de manière plus décomplexé.
Comme le dit Olivier nos grand groupes français sont empêtrés dans une gestion quotidienne très lourde, ce qui fait qu’elles n’ont pas encore réussi à comprendre que leur avenir passe aussi par la croissance externe (acquisition de brevets, de technologie, de startups !).
Je ne sait pas si un jour cela changera en France mais je l’espère de tout coeur.
Pierre
Merci Roxanne pour cet excellent article, clair et incisif comme toujours !
Olivier, tout à fait d’accord avec toi.
En résumé, il n’y a pas d’exit en France. Aller aux US ? C’est sans doute une très bonne solution. Et n’oublions pas les pays émergents où la croissance soutenue se traduit en confiance dans l’avenir, en investissements, en exits, et en business tous azimuts !