[fr] Lettre aux entrepreneurs inquiets
par Ouriel Ohayon 30 septembre 2008

Cher Entrepreneur

Au regard de l’actualité et des questions que je reçois à longueur de journées j’avais envie de partager mon point de vue sur la situation actuelle. Tu es comme moi inquiet et tu as bien raison de l’être. Ceci dit j’ai aussi quelques bonnes raisons de rester optimiste et peut être te donner quelques pistes de réflexions pour un avenir proche meilleur.

Ne nous trompons pas, la crise financière actuelle dont les origines sont essentiellement à attribuer à un système de financement de crédit défaillant et non à dysfonctionnement de la sphère tech, va toucher également le web. La crise, avant tout américaine, plonge dans la panique toutes les industries et désormais même les acteurs emblématiques comme Apple et Google sont touchés. En Europe nous nous croyons épargnés mais comme dans l’innovation du web nous allons observer les effets néfastes avec quelques semaines et mois de décallages. Des industries périphériques, les télécoms en premières lignes vont être touchées (car ce sont les premières à utiliser les lignes de crédit des banques), les investisseurs deviendront plus frileux et les startups en recherche de financement vont galérer. Comme je le déclarais lors du Séminaire Web France/Israel, la crise en Europe pour le high tech c’est un peu comme Rocky 6, tout monde en parle mais personne le voit, aujourd’hui. Mais cela ne veut pas dire que le film ne passera pas a la télé en prime time.

Inévitablement, les effets vont se faire ressentir à plusieurs niveaux

L’incertitude est le premier effet immédiat. Personne ne sait. Tout le monde à des questions et personne n’a de réponses. Faut-il être optimiste? est ce une crise passagère? va-t-on devoir se sérer la ceinture? le web va t il aussi être touché? Je ne crois pas qu’il y a des raisons d’entrer en panique mais il va falloir clairement être plus prudent. Nous devons faire face à un marché un peu schyzophrénique: clairement le marché de la pub en ligne progresser et continue de progresser, le taux de pénétration de l’internet et du haut débit aussi, le marché de l’ecommerce n’a jamais été aussi fort et les fonds d’investissements disposent d’argent frais à investir, d’ailleurs beaucoup de startups continuent de lever des fonds.

Mais relativisons ce panorama et ces observations naives:

  • les investissements publicitaires vont se concentrer vers les valeurs d’audience sures. Google et Yahoo et les champions nationaux pour ne citer qu’eux. Ceux qui n’auront pas de taille critique ou une valeur de niche suffisamment forte ne vont pas apparaitre dans les lignes des plans médias des agences de pub. Les budgets dédiés aux formats expérimentaux, généralement promus par de nouvelles startups cherchant leur modèle, vont se contracter et seront préférés les formats standards, connus, mesurables et “sans surprises”.
  • Le marché de l’ecommerce est bien là: mais la confiance des ménages va aussi affecter les dépenses sur le web. Certaines catégories notamment autour du loisir vont être affectées plus que d’autres.
  • Les investisseurs: beaucoup des sociétés et banques en faillite sont des investisseurs (ou limited partners) dans les fonds d’investissement. Beaucoup de VCs ont et vont avoir du mal à boucler leur nouveau fonds. Ceux qui ont déjà bouclé leur levée et disposent de cash à investir cherchent à continuer à investir mais le filtre des startups va être plus lourd et plus sélectif. Les business angels sont toujours là mais si les VCs ne sont pas là pour suivre?

Ne nous trompons pas. L’écrémage du côté du web devait arriver, crise ou pas. Nous en parlons sur ce blog depuis un moment: ce n’est que la suite logique du darwinisme économique ou les meilleurs restent et la majorité disparait. Jasons Calacanis déclare que 80% des startups vont disparaître dans les prochains mois par manque de financement. A mon sens ce sera plutôt 50% max mais à nouveau cela devait arriver. Cela va juste s’accélerer. Et le terminus comme le nombre de micro acquisitions vont s’aggrandir dans les prochains 12 mois. Il ne s’agit pas d’une bulle comme beaucoup continue d’en parler. Mais d’un écrémage accéléré logique en phase de croissance mure.

Est ce une mauvaise nouvelle? Non au contraire. Le marché à besoin de purger ses défauts et le consommateur à besoin de plus de clareté. Les clones de clones et sociétés dont les fondamentaux économiques ne sont pas au rendez vous ne tiendront pas. Et c’est ainsi que le marché est conçu. Une chance pour tous, mais pas de place pour tous. Les investisseurs ne doivent pas paniquer devant cette dégringolade collective. Au contraire. Les meilleures opportunités de croissance d’investissement sont en train de prendre forme.

Plus que jamais les sociétés dont le focus sera la recherche de revenus disposeront d’opportunités pour atteindre l’équilibre. Le marché de l’IPO est bien entendu fermé et va le rester pendant un moment mais Microsoft et Google ne sont plus les seuls acquéreurs sur ce marché. Mais le plus important n’est pas là: un investisseur mise sur le long terme (à savoir 5 environ ou plus) et plus que jamais les beaux discours vont être mis à l’épreuve de la réalité. Les investisseurs sérieux continueront d’investir sur les bons poulains car ils créent de la valeur, même en pèriode difficile.

Cher Entrepreneur, tu as raison d’être inquiet mais tu as toute liberté pour ajuster les choses, si tu disposes encore de suffisamment de cash bien sur. Prends pour hypothèse que tu ne lèveras pas d’argent, mais n’hésite pas à t’adresser aux investisseurs qui ont soifs de bons projets. Coupe les dépenses inutiles, embauche uniquement sur des postes qui créent immédiatement de la valeur économique, sois extrêmement analytique sur ce qui marche ou pas et laisser de côté ce qui ne marche pas, même si c’est trop tôt renforcer vos revenus pour habituer la société à penser “revenus” et pas uniquement dépense. N’oublie pas qu’en route tu vas rencontrer quelques opportunités de croissance par Micro Acquisition à des valorisation très attractive qui te permettront de gagner du temps et parfois même de l’argent

Le Web ne pas prêt s’écrouler avec cette crise, au contraire il va se renforcer. Mais pas pour tous. Des acquisitions et des financements continueront d’avoir lieu. Les revenus continueront leur route qui risque d’être un peu plus longue que prévue. Mais pas de cataclysme en vue car les fondatamentaux de l’écosystème de l’industrie internet sont sains. Les budgets publicitaires opérent de plus en plus en transfert du off line vers le online et les revenus marchands vont progresser.

Les temps sont et vont être durs pour les entrepreneurs du web, mais à mon avis moins que dans d’autres industrie. Alors ne désespérons pas. Une dépression n’est pas une raison pour déprimer. Au contraire. Le meilleur est encore à venir.

Commentaires rss icon

  • Je partage dans les grandes lignes ton opinion. De toute façon, le marché des IPO pour les start-up était plus ou moins anecdotique, en terme de % en tout cas.

    On peut aussi souligner qu’en période de crise, il y a des affaires à saisir. Par exemple non limitatif, dans l’immobilier, la crise peut être un vrai tremplin pour ceux qui offriront des solutions innovantes favorisant et ou dopant les ventes.

    Ceci dit, restons lucides. Cela irait quand même mieux sans la crise …

  • mieux pour qui? a nouveau crise ou pas il fallait que le marché de l’offre de services et des startups s assainissent.

  • J’ai souvent tendance à critiquer les billets perso (et pas les translate) d’Ouriel, mais là je trouve que ce billet est une réflexion profonde et sincère (même si je pense que mon avis n’est surement pas ce que tu attends le plus lol).
    Je trouve que tu devrais donner plus souvent ton avis sur ce genre de sujet que tu maîtrises très bien en tant qu’investisseur dans plusieurs projet.

    Le problème avec la polémique “bulle ou pas bulle” c’est que l’on a aucun chiffre sur les startups et services qui ferment. A partir de là tout le monde peut dire tout et n’importe quoi (80% de fermeture, ou plutôt 50%)…

  • Moi, j’m'étonne que tu ne fais pas plus d’articles de ce genre, très instructifs, sur ton blog perso. T’es doué pour expliquer à des nuls, comme moi, les mécaniques économico-financières ;o)

  • Les prochaines créations de start up doivent-elles donc uniquement concerner le e-commerce?

  • il n y a pas que l ecommerce pour gagner sa vie sur le web.

  • Une réflexion vraiment très intéressante qui donne un excellent point de vue de la part d’un professionnel du milieu. J’aimerais moi aussi revoir plus de billets dans le genre.

  • Je suis en phase avec toi sur presque tout. J’en parle un peu sur mon blog.

  • “Une dépression n’est pas une raison pour déprimer. Au contraire. Le meilleur est encore à venir.” : c’est en substance ce que disent les psy lors d’une dépression… c’est une chance, une mâturation indispensable et positive, etc.

    En tout cas c’est certain : le web s’en sortira mieux que n’importe quel secteur.

  • Voilà un billet intéressant pour une fois…

  • Entreprenaute je me sent directement concerné par ce billet. Je trouve ton analyses très bonne et je partage ta vision sur plusieurs points depuis longtemps.
    J’espère que les projets concrets et solides sortirons du lot et pourrons naturellement avoir recours aux BA et VC au moment opportun.

    En tout cas, j’ai confiance dans mon projet et dans mon équipe.

  • Post trés interessant. Merci

    Une remarque. Concernant l’attitude et surtout les possibilités des investisseurs.

    Leurs ressources dépendent aussi, c’est vrai, des allocations d’actifs de banques. Mais la majorité des fonds levés par les venture capitalist le sont auprès d’autres institutionnels (assureurs, fonds de pension,…), qui sont largement moins “asséchés”.

    En période de volatilité excessive des marchés boursiers, il est probable que leurs allocations s’orientent massivement vers le non côté.

    Je crois que l’on a pas fini de voir des VC qui ne savent pas quoi faire de leur cash.

    Pour le bonheur des start up qui n’oublient pas de les mettre en concurrence.

  • Bernard Liautaud co-fondateur de Business Objects et maintenant membre de la société de Capital Risque Balderton Capital a également une vision assez terme de l’avenir des start ups…voir:

    http://www.capitalsocial.fr/index.php?2008/10/01/582-le-busines-model-du-web-20

  • @ Ouriel

    Bon article.

    Je suis d’accord avec toi en ce qui concerne l’écrémage des sociétés clones.

    Au final c’est l’utilisateur qui devrait y voir plus clair.

  • On parle de la situation en France ou dans le monde ?
    La précision est d’importance, parce qu’il n’y a plus, et depuis longtemps, de capitaux risqueurs en France. On trouve tout juste quelques investisseurs à la grand maman prêts à consentir quelque argent dans une entreprise solide, sûre et déjà rentable.

    Leurs caisses sont pleines, ils ont du mal à trouver des entreprises pour investir. Tu penses, avec des exigences pareilles.

  • Intéressant, mais n’oublions pas que depuis l’an dernier la loi tepa sur l’isf est à l’oeuvre, 980 millions d’euros ont été levés l’an passé et certainement plus d’un milliard cette année, exlusivement réservés aux pme.
    Pour bien comprendre ce chiffre, seuls 37 millions d’euros étaient investis par les business angels français chaque année… et 700 millions par les VC.
    La bourse et l’immobilier étant là où ils en sont, j’ai la nette impression qu’il y a plus que jamais des énormes opportunités pour lever des fonds.
    Me trompe-je ?

  • Je propose qu’une table ronde avec des acteurs du secteur soit tenue dans notre bô studio TV chez Webcastory !
    Comme nous faisons partie des start-ups qui disposent d’un actif solide (notre outil de production), nous offrons ce temps de tournage et d’antenne !
    J’adorerais voir un talkshow avec des personnes qualifiées sur ce thème et Ouriel en journaliste modérateur.

  • Le “tout-venant” investisseur est intéressé par une perspective de retour sur investissement plus intéressant que le “tout-venant” investissement. Le manque de cash de toute l’économie (banque, entreprise, collectivité, état), d’une part, la baisse de la valeur des actifs (action, immobilier), d’autre part, offre et va offrir des opportunités de gains à moyen terme importants, en toute clarté. Les Start Up de l’Internet n’offrent pas, dans leur majorité, cette promesse claire de gains (due à la confiance que l’investisseur dans l’historique des gains sur les actifs classiques). Cette concurrence entre investissements, qui déterminent l’allocation des fonds, n’est pas favorable aux secteurs novateurs dévoreurs de capitaux. La bonne nouvelle, c’est qu’Internet à montrer sa solidité en tant que nouveau moyen de communication avec des entreprises solides et gagnants de l’argent, ce qui n’était pas du tout le cas lors de l’éclatement de la bulle spéculative du Net de 2000. En d’autres termes, il me semble que le Net doit migrer d’un secteur à la marge et pionnier à un secteur industriel, comme la micro-informatique des année 1980. Comment ? En étant moins ambitieux sur les projets (moins dévoreurs en capitaux) et en cherchant un profit plus faible, mais plus rapide. Ce n’est pas facile actuellement, mais c’est plus simple qu’il y a 8 ans, car la société dans son ensemble est plus ouverte sur le Net (elle comprend mieux la toile) et la base informatique installée est simplement plus grande. On vend plus de réfrigérateurs, si plus de gens ont des prises électriques. Personnellement, ex-BA, j’ai arrêté tout investissement. Malheureusement, je dois faire des choix. Et si je veux garder bonne conscience, je peux maintenant (contrairement à 2000) investir sur des valeurs « sûrs » Internet en bourse. Le secteur Internet devient donc plus solide, mais aussi plus classique : c’es la rançon du succès.

Laisser un commentaire

Commenting Options

Enter your personal information to the left, or sign in with your Facebook account by clicking the button below.

Alternatively, you can create an avatar that will appear whenever you leave a comment on a Gravatar-enabled blog.

Rétrolien
  • MediaTemple Logo
  • QuickSprout Logo
  • OpenX Logo
  • Cotendo Logo