Le nouvel entrepreneur
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par Ouriel Ohayon 21 novembre 2007

N’allez pas croire Scott Fitzgerald qui écrivait, mais c’était il y a longtemps, que l’Amérique n’offre pas de seconde chance. N’en croyez rien et lisez l’article que Gary Rivlin a consacré au co-fondateur de PayPal, Max Levchin - un de ces serial entrepreneurs qui contribuent à l’émergence du web 2.0 – et vous comprendrez ce qui est en train de se passer. Les entrepreneurs enrichis par la première vague de l’Internet et impatients de recommencer, sont de retour. Et les fonds d’investissement aussi !

Mais si une récente étude précise que le taux d’échec d’une aventure entrepreneuriale est un peu moins élevé si le projet est emmené par des entrepreneurs récidivistes, il semble que personne ne se soit rendu compte que la magnitude du succès était inversement proportionnelle à l’âge du capitaine. Les colosses de la Silicon Valley – Amazon, Apple, Dell, eBay, Google, Oracle ou Yahoo ! pour ne citer qu’eux – ont tous été fondés par de très jeunes entrepreneurs, pour ne pas dire, comme c’est le cas pour Facebook, par des adolescents. Et c’est sans doute à cause de ça que je pense que, l’expérience des serial entrepreneurs est plus souvent un inconvénient qu’un avantage.

L’écueil que l’on croise le plus souvent chez ces entrepreneurs récidivistes, c’est la tentation qu’ils ont de répéter les recettes qui ont déjà fait leur succès. Du coup, leur capacité d’exécution est souvent altérée par la peur de mal faire – certains sont d’ailleurs à ce point obsédés à l’idée de répéter à l’identique ce qui a fait leurs succès passés qu’ils passent à côté de ce qui aurait permis de faire décoller leur nouveau projet. Ils tentent souvent de recruter les solides équipes de leurs aventures précédentes et ils ont toutes les peines du monde à aligner les résultats de l’entreprise avec les ambitions de leurs anciens collaborateurs.

Et quant à s’investir autant que lors de leur première tentative, rares sont les serial entrepreneurs qui y songent seulement. Et les exemples ne manquent pas de ces entrepreneurs illuminés par une bonne idée, qui vont voir leurs anciens investisseurs, lèvent des fonds, et prennent trois semaines de vacances à bord d’un yatch pour s’en remettre… et on ne parle pas de ceux-là dont les équipes excusent l’absence pour cause de participation à un golf dans l’au-delà. Une manière élégante de parler de villégiatures inaccessibles au commun des mortels.

J’ai rencontré la semaine dernière un de ces entrepreneurs récidivistes – il en était à sa troisième expérience – qui avouait que le processus typique de levée de fonds était le seul crible rationnel à travers lequel un business plan était susceptible de passer. Mais il ajoutait que l’entreprise qu’il avait fondée n’avait pas eu à passer cet examen : il avait levé des fonds avant même d’avoir défini sa cible.

Je me demande même si l’expérience que recherchent les investisseurs est exactement ce dont ils ont besoin. Ma carrière en est le parfait exemple : comme le fondateur de PayPal, ce qui m’intéressait dans une seconde start’up c’était d’en être le CEO… et ce à quoi j’excellais, produire des applications, n’est plus qu’un souvenir alors que mon quotidien – gérer des équipes – est une grande nouveauté à laquelle mon expérience passée ne m’avait pas préparé.

Parallèlement à ça, bien des choses que j’ai apprises ne me servent à rien aujourd’hui. Le président de l’entreprise que j’avais co-fondée en 1997 se plaignait souvent de ce que « je ne savais pas ce que je ne sais pas ». Et cette ignorance des premières fois est aussi ce qui permet aux entrepreneurs débutants de penser sans contraintes et d’être ambitieux. Une fois que vous connaissez vos limites et le risque d’écorner votre réputation, vous devenez très prudent.

Et bien sûr, rien de tout cela n’empêchera jamais un entrepreneur de créer une nouvelle entreprise. Mais cette frénésie entrepreneuriale ressemble moins à de la satisfaction qu’à une course éperdue à la recherche d’un monde qui pourrait être meilleur. Et cela n’empêchera pas leurs entreprises d’atteindre de respectables niveaux de rentabilité, mais pour vraiment exceller, je me demande si ces entrepreneurs à répétition n’ont pas intérêt à oublier tout ce qu’il leur a fallu apprendre. Parfois dans la douleur.

Note d’Ouriel: Au passage je vous conseille plus que vivement la lecture de cet excellent billet de Fred Wilson de Union Square Ventures (Feedburner, Comscore, Twitter…) sur les jeunes entrepreneurs. et selon vous quelles est la recette de l’entrepreneur à succès? A quel point l’expérience est elle un facteur de succès? L’appétit de réussir disparait il avec l’âge et l’argent?

Billet originellement rédigé par Glenn Kelman (CEO de Redfin) , traduit par Nicolas Clair et édité par Ouriel Ohayon

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  • Bonjour Ouriel,

    Les Etats-Unis ont tout compris. La France en revanche…

    Pourrions-nous ainsi citer aujourd’hui des success-stories françaises fondées par des entrepreneurs de 20 ans ou à peine plus ?

    En France, peut-être plus qu’ailleurs, il faut avoir ce track-record, cette légitimité de l’âge. La plupart d’entre nous se voit stopper au moment de la levée de fonds (Business Angels ou VCs d’ailleurs) par des arguments du type :”Vous êtes trop jeunes”, “Pas assez d’expérience”, etc.
    Et pourtant, ce n’est pas les diplômes qui manquent.

    La France a une véritable révolution culturelle à faire dans son approche des jeunes. Aujourd’hui, dans l’inconscient collectif, un jeune fait peur ou glande.
    Alors lui donner 5 millions pour développer son service…

    Qui a aujourd’hui moins de 25 ans dans le web 2.0 français ?

  • Cet article met bien en évidence une chose, la nouveauté à succès est bien souvent poussée par une innovation certes mais qui ne serait rien sans le brin d’insouciance et de témérité que possèdent les jeunes entrepreneurs davantage poussés en avant par leurs idées et s’en donnant à 200% …

    Plus tard outres des expériences qui ont vidé l’entrepreneur de sa spontanéité, celui-ci peut aussi être rattrapé par des aspects plus personnels ne lui permettant plus de tout remettre en question pour lancer son service.
    Pour réussir il ne vaut mieux pas nécessairement attendre “l’âge de raison”…

  • Il faut quand même relativiser. Si on regarde de grands succès de la high tech française (Iliad Free, Meetic, voire wikio, …) ce sont quand même des récidivistes qui n’étaient plus adolescents lors de leur “récidive”. Si on rajoute les autres succès comme Dailymotion, Netvibes, … c’est du 505-50.

    Il y a aussi des avantages à être récidiviste qui peuvent être de gigantesques atouts pour l’entreprise. En particulier coté financement quand permet de s’autofinancer au départ (les 2 succès pré cités) ou pour dans de nombreux autres cas d’être financés rapidemment grâce à leur carnet d’adresse (cas de Seesmic visiblement).

    Par contre il est vrai que le gros problème sans doute est le manque de confiance en France dans les débutants (n’ont pas fait leur preuve d’accord, mais il faut bien commencer) et en particulier leur difficulté à lever des fonds même pour de très bonnes idées (il n’y a qu’à voir le délai mis par Dailymotion pour lever des fonds par rapport à celui mis par Youtube). Et ces financements sont nécessaires pour la vitesse d’exécution qui est primordiale.
    Mais il faut être optimiste cela finira par bouger. De mon coté j’ai au contraire de gros espoirs dans la seconde vague française qui pouraient être financée par des entrepreneurs ayant déjà réussi et qui s’engagent en tant que partenaires, business angels (avec sans doute plus de prise de risque car ils ont cela dans le sang) voire en récidive.

  • J’ai 20 ans et je n’ai pas assez d’expérience mais j’ai de bonnes idées et je suis prêt à me lancer seulement le problème reste à trouver un financement pour le projet et en France ça passe mal :/

    Du coup je me débrouille tout seul …

  • En réponse à ghislain, un premier pas en ce sens (dernier paragraphe) pourrait être des initiatives comme celles de Kelblog.
    Mais effectivement je te rejoints c’est peut-être aux anciens innovateurs ayant réussi de donner l’opportunité aux plus jeunes de se lancer …
    Entraînant la naissance d’un cercle vertueux qui favorisera la croissance des jeunes entreprises High Tech et de qualité sur le territoire.

  • Ton post est très juste Ouriel. So true

  • Voila un exemple: Daniel Marhely, jeune fondateur de 23 ans du site deezer.com.

  • Je suis d’accord les Etats-Unis savent tres bien faire la difference entre “Good on paper” et “Good” to court quelque soit l’age.

    Quand on me tend une carte de visite avec ecrit dessus “Mr untel” “sciences po 1983″, comme on ecrirait “Docteur” je ne sais pas si je dois rire ou pas.

    Par contre je ne suis pas tout a fait d’accord (mais cela n’engage que moi) avec les histoires d’entrepreneurs de “jeunes de 20 ans”. Non pas que je ne crois pas qu’ils aient eu une bonne idee, mais je ne pense pas que la machine VC derriere laissent ces jeunes (devenus un peu des “pantins” pour Public Relations : la je pense tout de suite aux deux de youtube et de la machine sequoia qui rachete du sequoia)prendre les decisions (d’abord ils n’ont plus la majorite des parts) les eminences grises (bonnes ou mauvaises) orchestres ce buzz.

    Quand a union square ventures ils sont tres sympatiques mais je ne prendrais pas conseil de la part de personnes qui ne voulaient pas investir dans des boites dans lesquels ils ne voyaient pas de business model il y a un peu plus d’un an, pour apres injecter dans twitter…

    La blogosphere est tres “o’reilly-ienne” on tourne en rond et cela “booste” les echos (et egos ?) des uns et des autres, mais au final les valorisations sont tres incertaines.

  • Il est vrais que les USA donnent une nouvelle chance aux entrepreneurs, ce que la France ou l’europe ne donnent pas.

    Il est plus facile de lever des fonds las bas, qu’ici en France.

    Les sommes des levées sont plus importantes las bas, qu’ici en France.

    On fait plus confiance aux jeunes las bas, qu’ici en France. Et on ne juge pas à l’apparence.

    En ce qui concerne la question si avoir de l’expérience c’est bien ou pas, voici mon point de vue.

    A la fois c’est bien d’avoir de l’expérience car cela évite de refaire les mêmes erreurs avant de réussir, et dans l’autre cas, le fait de ne pas avoir d’experience permet d’être plus fougueux et de prendre plus de risques sans connaître les conséquences.

    Je crois qu’il n’y a pas de solution miracle !

    Et comme il est très difficile de reproduire une réussite passée, il ne faut tout simplement pas y penser et courrir vers ce passé, mais plutôt vivre chaque nouveau projet en oubliant l’ancien sans se mettre la barre trop haut…

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