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11 septembre 2007

[fr] Exclu TCFR: entretien avec Renaud Laplanche, CEO de LendingClub

Rédigé par Ouriel Ohayon

Préambule: Je suis de près la société LendingClub depuis un moment, car son approche atypique fondée uniquement sur les réseaux sociaux (Facebook uniquement) me paraît intéressante surtout dans son métier qui consiste à permettre aux utilisateurs de se prêter de l’argent sans passer par un organisme bancaire (tout est expliqué ici). Son succès n’a fait que confirmer mon intérêt. Mais quand j’ai appris que mon ancien collègue Dan Ciporin (ex patron de Shopping.com) désormais partenaire chez Canaan Ventures avait décidé d’investir 10 millions de dollars, j’ai cherché à en savoir encore plus. J’ai alors découvert que le patron de LendingClub, Renaud Laplanche, est en fait un français (encore un parmi d’autres français expatriés du web2.0) et je lui ai proposé une petite interview qu’il a accepté.

Renaud, peux-tu te présenter en quelques mots et nous expliquer comment tu es arrivé aux Etats Unis?

Je suis arrivé aux Etats-Unis en 1999. J’étais à l’époque avocat d’affaires dans un cabinet américain (Cleary Gottlieb), qui m’a envoyé à New York pour une mission d’un an. La bulle Internet était alors à son comble, j’ai quitté le cabinet et ai monté ma première société : TripleHop Technologies. Nous avons eu des hauts et des bas en 2000 et 2001, puis finalement trouvé la bonne application (MatchPoint, un moteur de recherche pour entreprises) rapidement adoptée par la plupart des sociétés de média américaines (CNN, Turner Broadcasting, AOL, USA Today, etc.) en 2002 et 2003, avons attiré l’attention des gros éditeurs de logiciel et finalement rachetée par Oracle en 2005. J’ai été engagé par Oracle pour gérer l’intégration et superviser les ventes de moteurs de recherche. Après un peu plus d’un an, j’ai quitté Oracle pour créer Lending Club.

LendingClub c’est qui et quoi exactement et ou en etes vous aujourd’hui?

Lending Club est une application Internet permettant aux particuliers de se prêter de l’argent directment entre eux, sans passer par une banque. La situation typique aux Etats-Unis est qu’un particulier ayant des économies les dépose sur un compte d’épargne rémunéré au mieux à 5%, et qu’un autre particulier ayant un besoin momentanné de trésorerie emprunte auprès de la même banque à un taux de 13 à 14% en moyenne pour du crédit à la consommation, ou 15 à 22% pour des cartes de crédit. Un « spread » aussi important signale uine opportunité de désintermédiation majeure. Les services financiers sont l’une des rares industries à ne pas avoir été désintermédiée par Internet. Nous avons ouvert le site sur Facebook en mai dernier, et étions le premier service financier collaboratif à être disponible sur un « social network ». Nous avons facilité près de $900,000 de prêts entre utilisateurs sur Facebook en moins de 3 mois, et nous allons bientôt annoncer d’autres partenariats avec d’autres réseaux.

Comment vous différenciez vous d’autres applications de prets P2P?

Il n’y a qu’une seule autre société aux Etats-Unis offrant des prêts P2P (Prosper). Une société anglaise (Zopa) a prévu de s’y établir dans les prochains mois. Notre approche du marché est différente : nous utilisons les réseaux sociaux pour mettre en évidence les « connections » existantes entre les utilisateurs, pour établir un lien de confiance (ou un désir de s’entre-aider) plus important. Notre politique de crédit est aussi plus stricte, nous n’autorisons pas les « sub-prime loans » (prêts à des emprunteurs ayant un « credit score » insuffisant).

Envisagez vous de vous développer en dehors de Facebook?

Oui tout à fait. D’autres partenariats seront annoncés dans les semaines qui viennent.


D’autres français ont décidé de lancer leur startup à l’étranger. Comment vis tu ton expérience d’entrepreneur français résident aux US? Quelles différences vois tu avec la France?

C’est absolument fascinant. J’ai passé 5 ans à New York, et je suis maintenant installé dans la silicon valley depuis 2 ans. Ce sont des environnements très différents. J’ai beaucoup aimé le côté cosmopolitain de New York, l’énergie, la diversité, mais je trouve la silicon valley encore plus intéressante : il y a un vrai désir complètement altruiste de toujours inventer des meilleures technologies, d’apporter des solutions nouvelles. En ce moment, il y a un élan extraordinaire autour des énergies renouvelables par exemple, et tout le monde travaille ensemble à la mise au point des nouvelles technologies. Je n’ai pas ressenti cet esprit de collaboration entre entrepreneurs dans d’autres endroits, y compris en France.

Envisagez vous de vous developper en Europe? Le modèle est il réplicable en France et la legislation le permet elle?

Franchement nous n’avons pas encore étudié la législation française, ni celle d’autres pays européens. L’environnement règlementaire est très stricte aux Etats-Unis (la facture de notre cabinet d’avocats a depuis longtemps dépassé le million de dollars), mais les infrastructures de crédits sont aussi très développées : les « credit bureaus » permettent de connaître les qualités de crédit des emprunteurs instantannément par exemple. Cette infrastructure n’est pas présente dans tous les pays.

Les banques vous aiment elles?

Ça dépend des départements :) Le département « Treasury » de Wells Fargo nous adore (ce sont eux qui gèrent le solde de l’ensemble des comptes et effectue les movements de fonds), la banque de détail commence à moins nous aimer.

Pourquoi avoir lever des fonds? Crois-tu que nous sommes dans une bulle internet?

Lending Club gère une plateforme de services financiers complexe, comprenant vérification d’identité, mesure des qualités de crédit des emprunteurs, transfert de fonds, maintien des comptes, documentation et service des prêts, recouvrement de créances, déclarations fiscales, etc. Une plateforme comme la nôtre, totalement intégrée en ligne, est beaucoup moins coûteuse à opérer qu’une banque, mais requiert des capitaux non négligeables pour couvrir les coûts fixes avant d’atteindre le volume qui nous permettra de l’autofinancer. Je ne crois pas que nous soyons dans une bulle : l’afflux de capitaux est comparable à celui de 1999, mais les fondamentaux sont beaucoup plus solides. L’infrastructure est plus développée, un plus grand nombre de ménages ont accès à l’Internet haut débit, les utilisateurs n’hésitent plus pour la plupart à donner leur numéro de carte de crédit en ligne, et la sécurité des transactions a beaucoup progressé. En ce qui concerne les services financiers en particulier, je pense sincèrement que dans quelques années, l’idée de sortir de chez vous pour aller à la banque vous semblera bizarre.

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12 Commentaires

Flux RSS des commentaires de cet article.

  1. Commentaire de Blogiz — 11 septembre 2007 @ 11:42

    A ma connaissance en France, seul des organismes agréé par l’Etat peuvent prêter de l’argent avec un taux d’interet.

  2. Ping de Gueule de Loup » Archive du blog » LendingClub, le réseau social de vos finances — 11 septembre 2007 @ 12:43

    [...] Vous pourrez retrouver l’interview complète du patron de LendingClub, sur TechCrunch. [...]

  3. Commentaire de ALLAIN JULES COMMUNICATION — 11 septembre 2007 @ 12:58

    Bonjour !

    Génial tout ça. C’est un système novateur, basé sur la confiance. Les femmes africaines ont un système plus ou moins similaire appelé tontine où, chacun touche en revanche à son tour. C’est mensuel.

  4. Commentaire de vacher denis — 11 septembre 2007 @ 12:59

    celà illustre que nul n’est prophete en son pays et que les innovations financières en France sont difficiles car je crois que Blogiz est dans le vrai.

  5. Commentaire de dragibus — 11 septembre 2007 @ 3:37

    Il y’a sûrement un moyen d’importer ce concept en France, en espérant que çà fera bouger les choses. On a vu que grâce au net on pouvait faire peur à pas mal d’intermédiaire établi, et si les banques pouvaient redescendre sur terre çà nous ferait beaucoup de bien!

  6. Commentaire de P2P-Banking.com — 11 septembre 2007 @ 4:41

    La situation en France est describe dans cette article:
    http://www.wiseclerk.com/group-news/countries/france-the-situation-of-social-lending-in-france/
    (anglais)

  7. Commentaire de Pierre Col — 11 septembre 2007 @ 5:37

    Les métiers de la banque et de la finance sont très réglementés en France, et plus largement dans la CEE, de sorte qu’un tel service serait totalement impossible à monter chez nous.

    Même aux USA, je doute fort

    - que les banques se laissent longtemps marcher sur les pieds par des start-up Internet (Renaud Laplanche le reconnaît d’ailleurs lui-même)

    - que le gouvernement et le régulateur, qui ont pris de plein fouet la crise des subprimes qui a mis un million de personnes à la rue et par ricochet plombe la croissance de l’économie, laissent émerger ce type de service, qui “dissémine” le risque de crédit jusqu’alors supporté (parfois difficilement) par les seules banques.

    Imaginez un particulier qui hypothèque sa maison, empruntant ainsi à sa banque pour prêter à d’autres personnes sur LendingClub en espérant une forte rémunération… jusqu’au moment où les emprunteurs font défaut et les particuliers se retrouve à la rue.

  8. Commentaire de Fred — 12 septembre 2007 @ 12:22

    Le projet de Renaud, que je connais puisque j’ai été un des financiers et board members, est vraiement solide. Maintenant, comme le soulignent certains des commentaires, notre règlementation est beaucoup plus contraignante.

  9. Commentaire de Jean-Pierre — 12 septembre 2007 @ 3:48

    Toujours intéressant, à voir également les précurseurs sur ce sujet, Zopa et Prosper ?
    A noter que l’existence de fichiers de crédit positifs - qui permettent de connaître à priori la solvabilité de l’emprunteur - est aussi une composante fondamentale.

  10. Ping de TechCrunch en français » Lending Club dépasse la barre du million de dollars en prêts et s'étend en dehors de Facebook — 13 septembre 2007 @ 3:56

    [...] avons récemment interviewé Renaud Laplanche, le patron français de cette société base aux Etats [...]

  11. Commentaire de rachat crédit — 14 février 2008 @ 8:00

    Le concept est basé sur la confiance mais seulement pour les personnes ayant un bon scoring. Mais pour ceux qui n’ont aucun scoring (les jeunes) ?

  12. Ping de TechCrunch en français » [fr] Exécuter une stratégie virale : 10 bonnes pratiques du web français — 12 avril 2008 @ 10:57

    [...] de choix de plateforme est sans doute Lending Club (interview du fondateur sur TechCrunch ici), malheureusement expatrié dans la Silicon Valley, dont l’application Facebook avait fait mieux [...]

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