Nous allons essayer de conclure (avec un peu de retard, sorry) sur le tryptique que nous avions initié il y a quelques semaines relatif à une possible nouvelle bulle internet. C’est certainement la question qui est le plus souvent posée par les journalistes et les bloggers depuis quelques mois.
Nous avions interrogé plusieurs acteurs du web et vous avez été plus de 1182 à participer à notre sondage sans oublier les dizaines de commentaires et de contributions extrêmement pertinentes sur le sujet.
Pierre Chappaz / Mauro Mariani / Jérémie Berrebi / Pascal Rossini et leur demandions leur avis sur la prétendue nouvelle bulle internet. Puis ce fut le tour de Michel de Guilhermier, Fred Bordage, Mark Oiknine et Eric Dupin qui répondaient à notre question. Enfin Loic Le Meur, Jean Michel Billaut, Pascal Mercier, Martin Schaedel, Tristan Nitot et Oleg Tcheltsov ont participé également.
Globalement la grande majorité des lecteurs pensent qu’une nouvelle bulle va arriver (plus de 60%). 41% pensent que cela arrivera pour d’autres raisons que la première bulle. Cependant la majorité des témoignages expriment plutôt un avis contraire et ne pensent pas qu’une bulle arrivera. Ma vision, peut être biaisée de part ma profession d’investisseur et d’observateur du secteur, est nuancée, n’exclut pas la possibilité d’une bulle mais la définit comme extrêmement improbable en tout cas comme inappropriée aux circomstances actuelles. Voici pourquoi…
Avant toute chose j’aimerais que l’on précise un peu le sens de « bulle internet ». Une bulle à mon sens est une déformation d’un écosystème économique qui une fois arrivé à une phase d’instabilité critique engendre l’effondrement ou la déstabilisation de cet écosystème mais aussi d’industries connexes. La première bulle telle que nous l’avons connu a totalement déstabilisée l’industrie internet dans toute sa chaîne de valeur depuis le financement de nouveaux projets juqu’aux tarifs publicitaires et au modus opérandi des jeunes sociétés financées.
Une crise de confiance avait saisie toute l’industrie. Cette bulle a eu plusieurs causes. Evidemment il y a des crises endogènes propres aux modèles de financement du capital risque et de valorisations déconnectées de la réalité économique mais aussi des introductions en bourses prématurées. On oublie souvent d’évoquer aussi l’une des causes importantes qui a ébranlé aussi la confiance des marchés financiers notamment boursiers : nos opérateurs mobiles ont payé extrêmement cher leur license Gprs/3G auprès des gouvernements sans parler des investissements massifs en infrastructure pour les réseaux de nouvelle génération et beaucoup ont vite réalisé que ces milliards engloutis ne seraient probablement jamais amortis.
Nous sommes aujourd’hui très loin de cette situation. Les entrepreneurs sont plus mûrs, internet est un écosystème économique complet avec des sociétés générant de vrais revenus (il suffit de lire les derniers rapports d’Amazon eBay ou Netflix pour s’en convaincre), avec plusieurs centaines de millions d’utilisateurs, un e-Commerce un plein développement, une industrie publicitaire en pleine croissance, des débits toujours plus élevés permettant l’accès à des services toujours plus sophistiqués et avancés. Les valorisations de financements sont plus raisonnables et les prix d’acquisition YouTube et MySpace (et encore) mis de côté sont plus que raisonnables.
Pour bien comprendre la portée du risque il convient d’apporter un certain nombre de distinctions importantes. Le Web est aujourd’hui composé de 3 sphères de sociétés. Il est difficile de le percevoir tant il y a pléthore de création de services qu’il devient impossible à suivre (même en lisant TechCrunch et les autres blogs…).
- On trouve d’une part les géants du web tels Yahoo, Google, MSN, MySpace/Fox, eBay…ces sociétés génèrent des revenus importants, en croissances ou en forte progression (sauf Yahoo dernièrement). Peut-on voir un risque de bulle arriver de ce côté ? Rien n’est impossible mais je pense que cela est improbable. Même Google en rachetant YouTube 1.6 milliards de dollars prenait 2% le jour de l’annonce ce qui équivalait à racheter YouTube pour rien. Mais une baisse substantielle des revenus pourrait fragiliser ces acteurs et tout l’écosystème internet avec lui. Ces grandes sociétés représentants le scénario de sortie le plus probable, ce serait un coup pour l’industrie si cela devait arriver.
- Une seconde sphère est constituée des nouvelles sociétés financées par le capital risque qui aujourd’hui cherchent plutôt un scenario de sortie par acquisition plutôt qu’une introduction en bourse. Les tours de financements moyens sont de quelques millions (rarement plus de 15) de dollars pour des valorisations comprises entre 3 et 20 millions de dollars. Par ailleurs les prix d’acquisitions de ces jeunes sociétés sont ne dépassent rarement les 50 millions de dollars (voir cette table des acquisitions). Dans les 12 prochains mois environ 700 millions de dollars vont être investis en capital risque dans l’internet. 700 millions, vous me direz c’est beaucoup, mais ce n’est rien en comparaison des 13 ou 14 milliards de dollars qui vont être investis dans le high tech en général (notamment les clean tech et le biotech). Le coût d’accès à la technologie étant désormais très bas il possible de créer un service générant des profits avec quelques centaines de milliers de dollars . Quel est le risque réel de voir un échec total sur ces investissements créer une bulle ? Impossible à savoir mais improbable de voir une bulle éclater.
- Il y a enfin une 3eme sphère de sociétés ou parfois des services sans sociétés qui sont le fruit d’une initiative personnelle sans financement. C’est aujourd’hui la grande majorité des acteurs (voir l’annuaire Buzzshout ou Go2Web2.net) qui inondent l’écosystème internet et que l’on estampille Web2 volontiers. Parfois certaines de ces sociétés passent dans la seconde sphère (comme Digg créé avec 1200 dollars) ou la troisième (YouTube en moins de 18 mois ou JotSpot créé avec 100 000 dollars) mais cela est plus rare. Quelle est la probabilité de voire un taux de mortalité (inévitable) important impacter l’écosystème internet tout entier? Très improbable. Si tous ces services venaient à disparaître d’un coup et arriver arriver ensembles au TERMINUS il n’y aurait d’impact que pour ceux qui les ont créé. Beaucoup d’entre eux d’ailleurs essayent de trouver un scénario de sortie alternatif sur eBay
Ne nous y trompons pas il y aura peu de places pour des gagnants dans cette jungle. Beaucoup vont disparaître, tout simplement parce qu’il n’y a pas de place pour tout le monde. Mais plutôt que de parler de bulle2.0 je parlerai de darwinisme2.0.
Conclusions
De nombreuses nouvelles sociétés commencent à générer des revenus importants et beaucoup sont là pour durer. N’oublions pas aussi que beaucoup de ces sociétés ont moins de 24 mois et qu’il faut du temps sur internet pour trouver sa voie. S’il est vrai qu’on peut être vite perdu dans cette masse de services il ne faut pas perdre de vue les fondamentaux économiques qui soutiennent cette industrie.
Beaucoup, la grande majorité disparaitront comme dans tout écosystème où le darwinisme économique s’applique. Mais ces disparitions n’auront certainement pas un impact suffisant pour déstabiliser les fondamentaux économiques de cette industrie (sauf encore une fois si les géants commencent à souffrir de manière permanente et récurrente). Mais de là à y voir une bulle internet même pour des raisons différentes je pense que le scénario n’est pas réaliste du moins dans les conditions que nous connaissons à ce jour. A ce titre, de nouveaux modèles de financements commencent à voir le jour pour éviter des dérives d’investissements abusifs et tant qu’il y aura création de valeur (valeur d’usage et valeur économique) il y aura des sociétés prêtes à financer de nouveaux projets ou même à les acquérir. Et cela n’est que le début d’une longue histoire.
Je suis près à tenir le dialogue sur les commentaires de ce billet. A vous.
mise à jour: j’interviendrai sur ce sujet aux côtés de Jeff Clavier et David Hornik lors de la conférence leweb3.




Belle conclusion. Convainquant.
Il y a 3 sphères de sociétés pour les investissements capitalistiques mais pour comprendre une bulle il faut aussi regarder les cash-flows. L’apport de ces Cash-flow dans tout l’eco-systeme est majoritairement lié à la publicité
Il serait intéressant de séparer et comparer les revenus d’un Google. D’un coté la pub liée à l’e-commerce. De l’autre les annonceurs traditionnels (marques)
Si l’un de ces 2 secteur repliait de manière importante ses investissements (à priori rien ne l’indique mais est on bien sur que tout est actuellement bien rationnalisé ? …) cela pourrait participer à un phénomène de bulle
J’ajouterai que c’est deja le manque de revenus publicitaires qui a causé la bulle 1.0
Pourquoi ne serait ce pas le cas de la seconde apres tout ? A t’on vraiment besoin de tous ces gadgets communautaires avec de l’AJAX pour vendre ?
Bon ok je troll un peu là…
[...] Source: TechCrunch en français » Conclusion: Pourquoi une bulle2.0 aurait elle lieu ? [...]
Je voudrais ajouter que ne pas être médiatique ne signifie ni ne pas réussir ni ne pas être utilisé.
D’une part certains services sont soit B-to-B soit de prestations on-demand.
D’autre part la médiatisation grand publique n’est pas la médiatisation de certains secteurs hyper-spécialisés.
Par conséquent à mon sens j’ajouterai une autre segmentation : service b-to-c ou service b-to-b. à moins que rajouter une 4eme classe : service b2B suffisait.
Bon état des lieux, il est clair que la première bulle a eu lieu car Internet était nouveau et que le continent Américains nous donnait une image très positive, sur un sujet, que l’on ne maitrisait pas du tout.
Aujourd’hui Internet est connu, les capital risqueurs savent ou ils vont, les banques se sont pris de bonnes claques, donc avancent a reculons sur le sujet, donc la situation est différente.
Qu’est-ce qui pourrait recreer une situation de “Bulle” ? Le genre d’annonce de Google rachetant Youtube 1.65M$, les quelques millions que Wikipedia a reçu, les plus de 60 millions de revenus (les 2 précédents bouleversant beaucoup l’idée de cet esprit de “Libre”). Les acquisitions de Yahoo,…
Bref, ce qui pourrait recréer une bulle serait les montants énormes dont il est question qui pourrait donner des rêves a certains, et si tout le monde se lance, une supra-competition se mettrait en place qui conduirait a une sur-représentation de services, qui conduirait a une baisse net des visites de chacun, donc assez logiquement des revenus, donc les investissements des VC moins interessant, et pourquoi pas ROI négatif.
Tout çà pour dire quoi, et bien en fait on remarque que les seuls maillons qui pourraient recréer une “bulle” seraient les VC et banques. Autant dire que les banques, on peut abandonner cette piste pour l’instant, et en effet les VC et BA ont pris une certaine dose de maturité.
“L’erreur (1ere bulle) est un outil a qui sait s’en servir” et en l’occurence les VC et BA le savent.
P.S: dsl pour les fautes, je suis assez pressé, donc pas le temps de relire.
Stéphane,
Contrairement à Stéphane je ne pense pas que la sur-représentation des services soit nuisible. Je me rangerais plutôt à l’abvis d’Ouriel sur le Darwinisme. C’est un mécanisme qui marche tout seul…
Pour moi la cause principale de la Bulle 1.0 c’était la spéculation boursière déconnectée de la réalité. Apparemment on n’est plus dans ce schéma là.
[...] On peut lire sur TechCrunch.fr le 3e volet des questions sur la bulle 2.0. [...]
Bonjour
Le lien sur http://www.buzzshout.com n’est pas bon…
Sinon je ne peux qu’approuver cet article qui pose l’activité web de notre temps. Oui, le darwinisme est de rigueur.
J’irais meme jusqu’a dire que l’immobilisme est puni de mort. En effet, une fois l’innovation faite, elle est pour ainsi dire copiable car soumise aux normes, aux languages deja existants. A partir de la les challenger peuvent, doivent passer par l’appropriation de ses innovations pour egaler et surtout depasser le leader du marché.
Si meetic ne met pas de l’ajax bien soupoudré dans son site, si netvibes n’ameliore pas la lisibilité comme google reader, et bien ces sociétés se feront rattraper par des pretendants entreprenants et n’ayant pas grand chose à perdre.
Car il ne faut pas oublier que le reseau de plus en plus grand (100 Millions de site ces derniers jours pour 1 milliards d’internautes) agrandit un marché et les acteurs du marchés.
L’internet n’est pas pres de disparaitre, il va tout au plus muter, evoluer. Le marché va faire le tri, le prix, la qualité du service et l’interoperabilité etant les criteres de choix d’internautes de plus en plus exigents.
Daniel il est en effet evident que si le marche de la publicite en ligne ou de l ecommerce venait a perdre de la vitesse ou meme regresser alors il y aurait un impact negatif sur l ecosysteme. Mais cela provoquera une crise certes mais pas une bulle. Cela dit quand on voit les chiffres de croissance de la publicite sur internet de meme que ceux de l ecommerce je pense que la probabilite que cela arrive dans les 24 mois est tres faible.
Bravo Ouriel, conclusion réussie.
Mais je suis en désaccord avec le point de départ de celle-ci : il peut y avoir éclatement d’une bulle sans déstabilisation globale de l’écosystème. Pour moi, une bulle, c’est simplement un ensemble de surévaluation dans un secteur donné.
Et il me paraît clair que les surévaluations sont là (cf. les prix d’acquisition de Skype et de YouTube mais aussi les financements outranciers de jeunes pousses n’ayant rien de plus que leurs concurrents).
Or comme tu soulignes astucieusement, la bulle web 2.0 est contrairement à la première centrée sur le web : les surinvestissements sont importants à l’échelle du web mais pas à l’échelle de l’économie IT dans son ensemble.
JB> point interessant en effet. Les sociétés sont elles mal évaluées; le prix payé est il trop cher? Mettons Skype de cote qui peut etre en effet a fait l objet d une surenchere demesuree. Les valorisations sont definies sur des promesses de revenus mais aussi par des promesses de sortie pour les investisseurs. il y aujourd’hui clairement un marché pour les nouveaux services: certaines d entre elles générents des revenus (en effet pas toujours en relation avec la valorisation) et certaines sont rachetées. On fait un pari sur l’avenir en investissant sur une startup; y a t il surévaluation, le marché le dira. Si Google et Yahoo commencent a racheter tout ce qui bouge pour des sommes memes modiques alors le marche perdra confiance dans leur strategie d’acquisition mais je trouve que leur approche est plutot sobre et sans risque pour leur court (le cas Youtube prouve le contraire plutot).
En revanche si ces societes financees ne parviennent pas a trouver de modele ou si les acheteurs ne parviennent pas a réellement monetiser leurs aquisitions (ou a intégrer les equipes et les services en creant de la valeur) alors le secteur connaitra un impact négatif certains. Je ne suis pas sur en l’état que l’on puisse parler de surévaluation. (MySpace a été rentabilisé 5 fois depuis son achat, de meme que Flickr ainsi que d’autres).
[...] Note d’Ouriel: autre hypothèse, cet argent peut aussi servir à opérer des acquisitions. Le secteur de la vidéo en ligne et mobile est en surpopulation totale et une phase de darwinisme2.0 est inévitablement en route. Des consolidations auront lieu c’est certain. Très vite. [...]
Close Brothers prédit l’explosion de la bulle 2.0…
La banque Close Brothers prédit l’explosion de la bulle 2.0 (vu sur LeJournalduNet ici).Moi je suis pas convaincu par leurs arguments (déjà y a t’il une bulle 2.0 ? ). Le 2.0 semble aussi pour Close Brothers uniquement limité aux applications gra…
[...] Jacques Froissant commente l’article et publie une note à ce sujet en se référant à un post d’Ouriel Ohayon sur Techcrunch Fr. [...]
[...] On lit un peu partout des discussions sur “sommes-nous” ou “ne-sommes-nous-pas” dans une bulle 2.0 ? On voit naître des débats sur le sujet, ou certains avancent des arguments plus que valables pour une “non bulle” et d’autres, avec des arguments aussi raisonnables, pour une “vraie bulle”. [...]
[...] Note d’Ouriel : je ne peux que saluer ce modèle que je trouve vertueux et permettra d’éviter les abus que nous avions connus lors de la première bulle. Avec peu d’argent tester la validité d’une idée avant d’y investir beaucoup plus. C’est aussi pour cette raison et cette approche mesurée et pragmatique que je suis convaincu qu’il n’y aura pas de seconde bulle internet contrairement à ce qu’une grande partie de l’opinion peut penser (même si je suis le premier à déclarer qu’il y aura une grande majorité de perdants dans cette course à l’innovation). [...]
[...] Il n’y a pas de relations entre eux mais cette coincidence d’annonce illustre le Darwinisme économique qui caractérise aussi l’industrie du web (et non la soit disante bulle [...]
[...] de revenir sur l’inévitable et impertinent débat sur la fameuse bulle 2.0 dont en entend (enfin) de moins en moins parlé. Il [...]