Troisième et dernier épisode d’une série de 3 billets dédiés à la dénommée « bulle2.0 ».
Il y a 2 semaines nous interrogions Pierre Chappaz / Mauro Mariani / Jérémie Berrebi / Pascal Rossini et leur demandions leur avis sur la prétendue nouvelle bulle internet. La semaine dernière Michel de Guilhermier, Fred Bordage, Mark Oiknine et Eric Dupin répondaient à notre question.
En parallèle vous êtes toujours très nombreux (plus de 850) à exprimer aussi votre avis sur la probabilité d’une nouvelle bulle internet. Il est encore temps d’y participer. Si vous avez déjà répondu inutile de répondre à nouveau.
Cette semaine retrouvons, Loic Le Meur, Jean Michel Billaut, Pascal Mercier, Martin Schaedel, Tristan Nitot et Oleg Tcheltsov
Loic Le Meur
Doit-on présenter Loic Le Meur, blogger de référence, entrepreneur et investisseurs dans de nombreuses startups. Enfin si tel était le cas consultez son blog, on y trouve tout.
Je ne pense pas, la plupart des entreprises du web 2.0 financées en ce moment repose sur des bases financières saines (Six Apart a levé plus de 20 millions de $ mais est aussi à la fois très proche de l’équilibre et en forte croissance par exemple). Beaucoup ont hurlé à la bulle lors du rachat de MySpace par Murdoch mais un an après il a déjà plus de doublé sa mise sur un seul contrat avec Google. La différence par rapport à 2000 est immense: les entrepreneurs et investisseurs garde leur raison. Ils ne tomberont pas dans l’excès, je pense que nous avons tous appris. Reste évidemment le taux de mortalité normal et élevé de “l’industrie du web”, mais celui-ci est classique et sain, il nettoie les projets non viables sur le long terme, à nous de l’améliorer sans bulle.
Jean Michel Billaut
Jean Michel Billaut est l’un des évangélistes les plus connus de l’internet en France. Il est le créateur de l’Atelier numérique BNP Paribas mais aussi un observateur éclairé des tendances du web et en particulier des technologies haut débit. Son blog/Vlog est ici.
Bulles ? non… Tsunami : oui, probablement…
Aprés la révolution agricole, aprés la révolution industrielle, les Etres Humains démarrent leur 3eme grande révolution qui comme d’habitude sera basée sur de nouvelles technologies (nanotechnologies, robots humanoïdes, énergies renouvelables, biologie synthétique..). Pour faire court, nous allons changer de civilisation au cours des 30 à 50 prochaines années, et comme d’habitude, la transition ne se fera pas simplement : changement probable de système économique, politique, social… Apparition de nouvelles élites, etc… L’internet (et notamment l’internet à TRES haut débit) va jouer le même rôle que celui joué par l’imprimerie entre la 1ére et la 2ème révolution… Mais avec un impact sans commune mesure… Nous approchons de la “singularité” comme dit Ray Kurzweil.Il est probable que nous assisterons encore à quelques e-bubulles 2.0 dans les mois à venir… Mais le plus intéressant reste à venir : le tsunami…
Mille excuses de faire une pub pour ma pomme sur le Techcrunch.. Il y a quelques jours j’ai fait une conférence sur le théme ” De Cro-Magnon à Web 2.0″ où j’explique ces concepts… On m’a filmé… Si c’est bon, je vais poster cette vidéo sur mon blog…
Pascal Mercier (Aelios Finance)
Pascal Mercier est le fondateur d’Aelios finance une structure qui aide les jeunes sociétés à trouver des financements. Parmi les références on trouve Boonty.com . Pascal est aussi blogger.
Il y a toujours un risque de bulle quand les VCs investissent massivement dans un sujet qui est déjà très à la mode. Les VCs qui montrent les meilleurs retours sont ceux qui investissent à contre-courant, c’est-à-dire avant la mode, quand la demande est faible et quand la concurrence est faible. Aussi, les entreprises qui réussissent le mieux sont en général celles qui se sont lancées avant la mode. Pour reprendre un exemple souvent cité par Techcrunch, Youtube a été créé en février 2005, il y a une éternité, et a été financé courant 2005. Sur 2006 il y a eu environ 200 Youtube-like créés et souvent financés. Si, sur ces 200 sociétés, seules 20 ou 40 survivent, oui, on pourra parler de bullette, car il y aura eu 80% de morts, ça fait beaucoup. Mais on peut être rassuré, il y aura le Web 3 , le Web 4 etc, Nous n’avons pas fini de rêver car l’internet c’est grand, c’est beau, c’est énorme !
Tristan Nitot (Fondation Mozilla)
Tristan Nitot est aussi une figure de proue du web et est le fondateur et président de la fondation Mozilla. il est aussi blogger à ses heures. Au passage Firefox organise une soirée à Paris pour le lancement de Firefox 2.0
Franchement, je pense que ça n’est pas exclu. Le rachat récent de Youtube par Google à un prix quand même délirant est de ce point de vue là guère rassurant. C’est d’autant plus vrai qu’il y a un risque juridique pesant sur Youtube (dont le métier est de diffuser du contenu sous copyright sans accord des ayants-droits) qui devient plus important encore si Google est propriétaire, car ce dernier est solvable, ce qui en fait une proie plus intéressante qu’une Startup beaucoup moins riche.
Pourtant, j’espère de tout coeur que nous ne nous retrouverons pas à nouveau avec une bulle : j’ai vu trop de bonnes idées mourir juste après l’éclatement, et j’ai le souvenir d’années sombres qui ont suivi, où même les bons projets portés par des gens brillants étaient victimes de l’hiver nucléaire.
J’aimerais qu’il y ait une créativité et une innovation qui soient mises en avant dans ce nouvel élan, mais j’ai bien peur que le marché, tel qu’il est actuellement structuré, favorise la copie des idées et l’enfermement des utilisateurs plutôt que l’innovation, le partage des technologies et le respect de la vie privée des utilisateurs…
Martin Schaedel
Martin est le très jeune et très brillant partner de LundKenner, une structure d’investissement danoise créée par l’un des premiers investisseurs de Skype, Morten Lund. Leur fond est très présent sur le web avec des investissements dans Xuqa, Zecco et d’autres jeunes pouces.
Je vois en fait moins de sociétés qui naissent en Europe car le ticket d’entréé dans un marché donné est plus cher du fait de la compétition dans tous les secteurs. En Scandinavie par exemple qui a toujours été pays à la pointe de l’innovation internet produit moins de nouvelles sociétés qu’avant. Les investissements internet se poursuivent massivement aux Etats Unis et je ne crois pas voir de valorisations hors proportions. En Europe les investissements dans le nouveau web sont peu nombreux et j’espère qu’il y a aura à l’avenir plus d’investisseurs privés pour soutenir les nouvelles initiatives et faire concurrence aux américains. Et cela est possible si l’on considère les compétences présentes mais aussi les faibles charges salariales de certains pays.
Oleg Tcheltsov
Oleg est entrepreneur et fondateur de Fotolia et de Citizenbay dont nous avons récemment parlé sur TechCrunch
Le nombre d’ utilisateurs d’ Internet a augmenté de manière très significative depuis la dernière bulle. Il y a même de la place pour des services « niches » , qui peuvent trouver leur public aujourd’hui . Même s’il y a beaucoup de créations de services , le coût pour démarrer un service est bien inférieur à ce qu’il était il y a quelques années ( infrastructure peu coûteuse, coût de développement inférieur, possibilité de gérer un service avec très peu de monde ex : Fotolia.com ou Citizenbay.com ). Aussi l’ investissement moyen d’ un VC aujourd’ hui pour un service Internet est de quelques millions USD comparés a quelques dizaines de millions avant ( voire plus ) , donc le risque des financiers est réduit.
Les financements sont fait par des fonds et non plus par des IPO , qui donnait une valorisation folle aux entreprises sans modèle. Cet aspect spéculatif à disparu. Et c’ est probablement ça qui était le plus dangereux. Le marché de la pub en ligne ne fait que démarrer. Certains grands comptes passent tous leur budget pub en ligne et ce n’ est probablement que le début , donc les sites , même gratuit , avec de l’ audience - même réduite mais ciblé- doivent pouvoir générer du revenu sur le moyen terme , au moins suffisamment pour compenser leur faible coût fixe.
Bref ce n’ est plus la ruée vers l’ or , mais plutôt un business comme un autre avec des petits fond de commerce qui vont se créer , et dès que quelqu’un sortira la tête de l’ eau il sera racheté par un des mastodontes.
Voilà la série est terminée, vous pouvez continuez à répondre au sondage ou laissez en commentaire vos reflexions. J’en profite pour remercier vivement tous les intervenants qui ont été très réactifs à ma demande.
Ah oui! Je vous avais promis mes propres réflexions pour ce dernier billet, mais pour faire durer un peu le suspens je le guarde pour la semaine prochaine dans un petit épilogue que je suis en train de préparer (il faut bien digérer ces 14 interviews ainsi que tous vos commentaires pour éviter de dire un truc idiot…). Donc à la semaine prochaine pour la “suite et début” (non ce n’est pas une erreur “suite et début”).
PS: vous pouvez retrouver tous nos billet sur la bulle2.0 en accédant à notre tag “bulle2.0” dans l’annuaire TechCrunch



Bonjour
Je suis d’accord avec Oleg, il n’y a pas de bulle spéculative et contrairement à Nitot, je ne pense pas que le prix payé par Google soit démesuré par rapport à ce qu’il va rapporter. Il convient de toujours analyser le prix d’une entreprise en fonction de ses ratios mais surtout en fonction de se qu’elle apporte à l’acheteur. 100 millions de vidéos vues par jour pour le numéro 1 de la pub en ligne qui rêve de s’étendre dans le User Generated Content c’est raisonnable. Pour compléter cette réflexion j’ai lancé un dossier intitulé “Le web 2.0 est-il en train de changer notre société ?” et vous êtes invité à y participer :
http://edgeminded.com/article-4224895.html
Bonjour,
La situation est certainement entre les deux. Les investisseurs n’ont pas la mémoire courte (d’autant que certains se sont bien brulés les doigts). Et, comme tout investissement risqué (et donc à fort potentiel), la mse se fait sur un scénario optimiste!
Certains en sortiront vainqueurs (comme certainement Google) et avec de nouveaux marchés. D’autres se brûleront à nouveau les doigts.
A chacun de trouver sa place.
En tout cas, merci pour ce recueil d’avis.
Bonne continuation!
Pour revenir à mes commentaires faits sur le premier volet de ce tryptique, je retiens une étrange coincidence.
Tous les entrepreneurs et investisseurs de cette enquête ont grosso modo les propos suivants : “c’est super, il y a plein d’innovation, alors c’est sûr, comme dans toute phase de croissance, y’a des abus, mais certainement pas de bulle”.
Tous ceux qui émettent la possibilité d’une bulle sont étrangement exclusivement des observateurs et des journalistes…
Vraiment, des fois, c’est fou les statistiques : ça donnerait presque l’impression l’homme est un être influençable, imparfait et qui défend avant tout ses intérêts !
Le pauvre Tristan Nitot, qui par ailleurs fait un excellent travail pour promouvoir Firefox, me décoit de jour en jour. Je vais passé sur la raison qui me pousse à dire cela, et je vais a l’essentiel de son propos. Il nous sort l’argument qui était tout a fait valable et même plus, il y a encore quelques semaines, avant le rachat par Google et surtout avant les ACCORDS. Les maisons de disques ont sus (tardivement) prendre du recul sur ce nouveau mouvement Internet et commencent a agir différement. (cf. Universal et autres)
Et son dernier couplet sur la non-innovation du nouveau marché est a pleurer. Les innovations viennent tout les jours nous prouver le contraire de ce qu’il avance. L’avantage des petites entreprises qui se lancent, c’est qu’elles veulent creer la différence ou la valeur ajoutée.
Alors OUI il y a de la copie, mais comme dans tous secteurs qui fonctionnent, sauf qu’Internet évolue plus vite que les autres secteurs, c’est tout.
Si bulle il y a, elle sera moins spectaculaire qu’en 2000, car les entrprises ont acquis de la maturité.
Cependant, le “Web 2.0″ laisse supposer qu’il y a un nouveau pallier, ce qui est faux. Les innovations sur internet sont continues, et non par palliers. Ne s’agit-il pas plutôt d’un attrappe-nigaud destiné à faire cracher les fonds d’investissement ?
Voir aussi mon sondage sur la perception du Web 2.0.
C’est sur mon blog http://www.datanews.fr
A l’attention de “Stéphane”, que je suis navré de décevoir de jour en jour (et je me demande pourquoi) : quand j’ai été interviewé par Ouriel, les accords avec les majors n’étaient pas annoncés.
En ce qui concerne l’innovation, il y a indéniablement de l’innovation, mais je regrette qu’il y ait une prime à l’imitation plutôt qu’à l’innovation. NetVibes, c’est bien, mais quelle différence avec les services similaires ? Où est l’innovation ?
L’années dernière, on voyait pulluler sur TechCrunch US les futures “FlickR de la vidéo”. L’idée initiale était intéressante, mais quelle innovation pour ces services qui se ressemblent tous ?
Tristan/Stephane la vérité est certainement au milieu. Le nouveau web est composé de copies mais aussi d’innonvations certaines. Je pense que l’indice de ce degrè d’innovation se reflète in fine dans l’adoption de plus en plus grandes de certains nouveaux services. Et puis je pense qu il est important de distinguer améliorations et innovations. Je pense que Tristan fait référence aussi à cela. Le mimétisme et l’innovation réelle co-existent. Et dans le domaine des pages personnelles nous ne sommes qu’au début comme dans le domaine de la vidéo en ligne (prenez Brightcove.com par exemple) et bien d’autres. Il est difficile de faire le tri dans cette jungle, soit. Mais je pense qu’in fine ce qui compte c’est la pertinence de l’innovation/amélioration (même si elle n’est pas révolutionnaire)et son adoption auprès du public avec bien sur un modele economique qui tienne la route.
Tristan, même si mon message peut paraître agressif, ne le voit pas comme çà… et pour les raisons, je ne pense pas que cela soit le lieu, ni le moment de m’expliquer (pas de troll).
Concernant le fait que tu as été interviewer avant, en effet, change la donne.
Pour les innovations, je persiste et je signe, il y a de l’innovation certaine. Ouriel vient de commenté parfaitement, c’est exactement ce que je pense. Pour moi les améliorations, sont de l’innovation, même mineure.
Tu le sais parfaitement, qu’est-ce qui a fait la notoriété et la réussite de Firefox ? La sécurité (vs IE) et la gratuité (vs Opéra), c’est sur… mais aussi ce qu’appellent certains les améliorations, d’autres les appellent des innovations. Je te parle des onglets, blocage de pubs,… Ses améliorations/innovations ont changé les règles du jeu.
Et comment va se dérouler la suite ? Tout simplement, un jour Netvibes (pour reprendre ton exemple) va sortir une petite amélioration, celle-ci va s’avérer super utile, certains vont sortir un service spécialisé, et un nouveau service prendra place. Et ainsi de suite. Donc comme depuis la nuit des temps, l’innovation se fait sur du 80% de copie et 20% d’amélioration. Aucune ‘grande innovation’ est née de nul part, tous ont leur partie de copie. Internet est né par du réseau entre 2 ordinateurs , la voiture est né de la charrue, etc…
[...] La bulle 2.0 a quant à elle encore un peu enflé grâce au gros paquet de billets mis par Google pour prendre YouTube. Et là, j’avoue être très surpris par la démesure de cet achat : selon mes propres calculs, cela revient à “acheter” $45 l’utilisateur de YouTube, là où habituellement Google paye entre 2 et 3 dollars annuels (cf. les cas Dell, Firefox et MySpace). Si l’on ajoute à cela les terribles problèmes auxquels Google va devoir faire face suite à ce rachat (droits sur les videos, comptes d’exploitation fortement négatifs)… ça paraît d’autant plus étrange ! [...]