Second épisode d’une série de 3 billets dédiés à la dénommée « bulle2.0 ».
La semaine dernière nous avions interrogé 4 personnalités du web (entrepreneurs, investisseurs, bloggers) qui nous donnaient leur avis sur la question.
En parallèle vous avez été très nombreux (plus de 440) à exprimer aussi votre avis sur la probabilité d’une nouvelle bulle internet (à ce titre les commentaires de ce billet sont passionnants). Ceux qui n’ont pas encore répondu au sondage pourront toujours le faire ci-dessous ou complétez leurs points de vue dans les commentaires. Chose étrange alors que la plupart des témoignages et commentaires ne pensent pas qu’une bulle devrait arriver, le sondage lui révèle une opinion contraire. Dans tous les cas le débat s’annonce passionnant.
L’actualité en faisant un sujet des plus pertinents avec l’acquisition de YouTube par Google à un prix astronomique, nous allons continuer cette semaine à explorer ce sujet.
La semaine dernière nous interrogions Pierre Chappaz / Mauro Mariani / Jérémie Berrebi / Pascal Rossini. Cette semaine
Cette semaine retrouvons Michel de Guilhermier, Fred Bordage, Mark Oiknine et Eric Dupin.
Michel de Guilhermier (Patron de PhotoWays)
Michel de Guilhermier est le fondateur de PhotoWays, l’un des sites d’ecommerce les plus en vue en Europe il est aussi blogger à ses heures et ses analyses sur l’internet et le commerce électronique sont passionnantes et très renseignées
En 1998-2000, on valorisait des sociétés à l’excès simplement parce qu’elles avaient un “.com”, croyant que tout sur Internet allait marcher, que les arbres monteraient au ciel, et ce très vite. Le terme de bulle était alors totalement justifié, il était le reflet d’une folie exhubérante et irrationnelle où, au lieu d’analyser pragmatiquement, on s’enthousiasmait, on rêvait sans vraiment comprendre intimement.
En réalité, relativement peu de choses ont vraiment bien marché, ce fut très progressif car le marché n’était pas encore là, il a mis du temps à se concrétiser, et rarement en montant au ciel ! Il y avait alors une déconnexion radicale et générale entre la réalité du terrain et les valorisations des projets.
Aujourd’hui, les choses sont totalement différentes : il y a près d’un milliard d’internautes, des centaines de millions de cyber-acheteurs, le haut débit progresse rapidement, de nouvelles technologies permettent des choses qui étaient avant impossible, etc. Structurellement et économiquement, le sous-jacent est bien là, Internet est un vaste marché bien concret que l’on sait par ailleurs mieux analyser..
Cependant, dans le même temps, il y a 2 phénomènes : d’une part les lois humaines restent les mêmes - il est dans la nature de l’homme s’enthousiasmer et de rêver – d’autre part les capitaux risqueurs ont levé beaucoup d’argent, veulent et doivent l’investir.
La conséquence est que j’observe ici et là sur Internet des valorisations extrêmement élevées qui, au final dans de nombreux cas, conduiront certainement à des TRI (ndlr: taux de retour sur investissement) limités, voire parfois négatif ! A ce stade, oui, il y a des exagérations dans les valorisations.
Mais le marché étant là, avec un nombre d’opportunités phénoménales, on assistera tout au plus à un dégonflement des valorisations, mais je ne crois absolument pas en un nouveau krack suivi d’une période de dépression.
Fred Bordage (Journaliste chez LesEchos, 01, ZDnet)
Fred Bordage est journaliste indépendant pour Les Echos, 01 informatique et Zdnet et un expert dans l’analyse des tendances du web dans sa globabilité
Oui. Mais plus petites que les précédentes. Les phases d’innovation sont toujours accompagnées de rêves qui motivent les investisseurs à mobiliser leurs $. Aussi rationel soit-il, le développement d’une société pourtant toujours un pari sur l’avenir. Celui des NTIC est plein de potentiel, surtout en ce moment, et pas seulement sur le “web 2.0″, mais bien malin celui qui peut affirmer aujourd’hui si le iPhone d’Apple ou SeekingAlpha seront de réels succès demain. D’autant que la dimension sociale de cette vague “2.0″ est vraiment une nouvelle dimension pour les investisseurs.
Cependant, je pense que le marché a tiré les leçons de la première bulle.
Mark Oiknine(Senior Associate, Atlas Ventures)
Mark Oiknine est Senior Associate dans le fonds d’investissement Atlas Venture, très actif dans le domaine du web et qui a récemment participé au financement du français DailyMotion mais aussi de Moo et RealEyes3D
La bulle 1.0 s’est aussi construite sur des rêves, des promesses achetées et souvent… aussitôt revendues sur toute la chaîne de financement, du Business Angel à la « veuve de Carpentras boursicoteuse ». Or aujourd’hui, les promesses sont globalement toujours les mêmes- transformer les modes de consommation grâce au Web -mais une bonne partie de leurs ingrédients ont bien muri ; serial entrepreneurs, marchés, Internet, technos, business models…sans oublier les VCs.
Un service web peut maintenant capter une audience de manière rapide et fulgurante mais le flou autour de la monétisation (fiable si possible svp) lorsque rapprochée aux valos de MySpace/rumeurs sur YouTube peut laisser penser en effet que la bulle est de retour. Que neni ! Il y en aura pour tous les goûts ; avec modération cette fois-ci! Il n y aura pas de bulle 2.0 mais sans doute de ‘‘l’écume sporadique’’!
Eric Dupin (Fuzz.fr, Presse-Citron)
Eric Dupin est le fondateur de Fuzz.fr dont nous parlons souvent sur TechCrunch (un digg like français) et aussi l’éditeur du blog Presse-Citron (l’un des mes préférés) qui traite beaucoup d’internet et de nouveaux services du web
J’ai un problème : je n’ai pas de boule de cristal là sous la main et je me gausse assez des prévisionnistes en tout genre pour ne pas à mon tour endosser ce rôle.
Mais bon, disons que si on met en parrallèle la difficulté - ou l’impossibilité - d’un Youtube à générer du cash, des frais de fonctionnement démentiels, des menaces de procès sur les droits d’auteurs d’un côté, et les rumeurs sur une éventuelle valorisation à plus d’un milliard de dollars de l’autre, alors là ok je dis qu’il a bulle (méga-bulle, même, une vraie montgolfière).
D’un autre côté il y a des services qui font déjà leurs preuves et dont l’utilité n’est plus à prouver, je pense par exemple à Writely, dont le rachat par Google n’a rien d’un effet bulle, mais est plutôt le résultat d’une stratégie à long terme visant à aller chasser sur les terres de Microsoft en l’attaquant frontalement sur son bastion, la bureautique, mais version 2.0
La différence entre la première bulle des années 2000 et le mouvement actuel se situe à mon avis dans les promesses : en 2000 le web était tout neuf et personne n’avait de recul, il était donc normal que beaucoup de bêtises soient faites et dites. Les valorisations se sont faites sur des promesses d’un avenir radieux, auxquelles même les financiers les plus aguerris ont cru, perdant tout sens des valeurs de base. Un Messier qui rachète un nom de domaine pour 8 millions de francs à l’époque juste parce-qu’il ressemblait à Vizzavi, là on est en plein délire, ce délire qui a conduit à l’explosion de la bulle.
Aujourd’hui les choses sont différentes et les conditions de la formation d’une bulle me semblent moins présentes : nous avons le recul, il n’y a plus de promesses, juste des communautés. Le mec qui crée Digg ne se dit pas “je vais lancer ce nouveau service pour le revendre”, il crée un service parce-qu’il pense que cela correspond à un besoin, et d’abord à son besoin à lui : trier l’information et pour cela s’en remettre aux lecteurs eux-mêmes.
La bulle 1 c’était Hollywood qui s’effondrait, le 2.0 c’est plutôt le cinéma indépendant : léger, agile, ça rapporte peu, mais ça coûte peu, et de temps en temps, jackpot.
Je ne sais pas si nous avons affaire à une nouvelle bulle ou si le marché s’auto-régulera en douceur, mais il me semble que les valorisations annoncées ici et là n’ont quand même rien à voir avec les sommes déboursées en 2000
C’est tout pour aujourd’hui. Rendez vous la semaine prochaine pour le dernier épisode de la série. © Aleksander Bochenek - FOTOLIA
PS: j’ai rajouté un tag “bulle2.0” à l’index TechCrunch pour suivre la série mais aussi les billets qui traiteront de ce sujet
PS2: une vidéo avait été réalisée par Michael Arrington et plusieurs entrepreneurs américains du nouveau web où cette question avait été abordée.



Je viens de voter « oui mais pour d’autres raisons ». En effet lors du phénomène web1.0, comme l’énonce Michel de Guilhermier « on valorisait des sociétés à l’excès simplement parce qu’elles avaient un .com », mais il y avait également selon moi, certaines start-up qui agissaient directement sur l’opérationnel de leurs clients à l’image de Ludopia.
Aujourd’hui le marketing communautaire aidant, nous sommes face des projets totalement interactifs. Les nouvelles start-up doivent maîtriser leurs communautés par une adhésion à des services uniques, mais également devant posséder un savoir faire technologique propre. L’objectif étant de maîtriser des flux d’informations dédiés à leurs adhérents et bien sûr ouverts à de futurs annonceurs. Nous pouvons avec Daly Motion, Netvibes ou Spreadshirt voir qu’en Europe nous avons intégré ces principes et les investisseurs adhérents à ces projets. Alors pour ces raisons il existe un début de bulle 2.0.
On se méprend à mon avis sur le principe de comparaison d’une bulle 2.0.
Il y a bulle lorsque l’on peut identifier un ensemble d’acteurs engagés dans une tendance comparable, en 2000 les start-up internet.
L’effet bulle affecte donc l’ensemble, qui se retrouve entraîné dans vers une même issue.
Aujourd’hui, qui sont les acteurs engagés dans une tendance comparable ?
Si la définition du Web 2.0 est juste, ce sont les utilisateurs qui font la valeur des services proposés.
Google n’a pas acheté le site YouTube. Il a payé 16 dollars par vidéo diffusée quotidiennement. Ce qui valorise a près de 45 dollars le visiteur unique quotidien du site Youtube. Voilà la réelle différence. Car c’est en fait la valeur des utilisateurs des services qui explose !
Dès lors, la question devient : les utilisateurs peuvent-ils former une bulle ?
C’est-à-dire peuvent-il exploser ensemble, ou être entraînés ensemble vers une même fin ?
Pas sûr…
On est (presque) tous d’accord pour ne pas comparer la possible bulle 2.0 avec la précédente. Les données sont différentes, la nature de la spéculation aussi.
Toutefois je pense sans aucun doute qu’il y a bulle parce que les valorisations se basent toujours sur des promesses de revenus et non des données réelles sur lesquelles s’appliquerait une croissance, dopée ou non.
Quant à l’épisode Google/Youtube on anticipe à tort son modèle comme celui d’un media alors qu’il s’agit de distribution, donc à terme de commerce. Sur ce point c’est l’inconnu total, donc bullesque…
Emmanuel : fixer un prix lors d’un rachat n’est ce pas toujours parier sur des revenus potentiels ?
Le rachat est toujours basé sur un pari, on est d’accord, mais il est en général basé sur une base acquise. Je crois qu’ici il s’agit surtout de sécuriser une part de marché avant de savoir comment générer la moindre marge. Au fond je doute qu’on n’ait jamais la réponse à ces questions.
Oui, la bulle va dégonfler, mais de façon moins spectaculaire qu’en 2000.
Pourquoi ?
Parce que les sociétés ont acquis pour la plupart de la maturité.
Par ailleurs, les entreprises qui proposent une véritable valeur ajoutée n’ont aucun souci à se faire. Même en 2000, les excellentes start-up françaises Auféminin, Boursorama, ou encore Meetic ont résisté, tout simplement parce qu’elles étaient fondamentalement au dessus du lot, en proposant un VRAI modèle qui répondait à des VRAIS besoins. La rentabilité a été rapidement au rendez-vous.
A propos de Web 2.0, RDV sur mon blog http://www.datanews.fr où je réalise actuellement un sondage sur la perception du Web 2.0.
La similitude avec la bulle 1.0 pour moi c’est qu’en 2000 on estimait le chiffre du e-commerce en 2010. En 2006 on estime le chiffre de l’e-pub en 2010.
Alors ? L’horizon est plus proche - à 4 ans - et les chiffres du e-commerce en 2006 nous encouragent à penser qu’on avait tout bon en 2000 et que de ce fait on verrait juste aujourd’hui.
C’est sans compter que les données ont bien changé :
- La publicité est un pan, certes puissant, mais fragile et complètement dépendant de l’économie (dette, pétrole, nucléaire, ..)
- Le nombre de compétiteurs a été démultiplié.
- La crise des médias traditionnels (pas que le papier, la TV en fait) est à venir.
- La question des droits d’auteur s’ouvre à peine, avec la rémunération des fournisseurs de contenu.
- And last but not least : le modèle d’un Internet payant qu’on ne voit pas encore bien venir mais qui lui trouvera je pense une place majeure face à un modèle publicitaire qui n’a pas 100% des réponses (et donc du gâteau).
Ce qui n’a pas changé ou s’est accru :
- Le système financier, bâti sur des cabinets d’analystes dépendant de la volatilité des titres.
- Les fonds, Hedge funds, et leur pouvoir de décision en un très petit nombre de mains.
- Le plus-que-court-termisme a empiré en 5 ans, décuplé par les opérations de fusion-acquisition (1200 Mds € en Europe lit-on en septembre pour cette année).
Bref le système économique est chaud, le Nasdaq est haut, les solutions pour payer les retraites des prochaines décennies ne se bousculent pas, et puis c’est tellement gros qu’on se dit qu’on ne va pas remettre ça, en 5 ans on est devenus intelligents.
Si on doit y aller ce sont les marchés qui nous mettrons dedans, avec force analyses mettant à l’index les opposants et les sceptiques, analyses faites dans des cabinets très chics et propres sur eux bien entendu, par des chtites analystes auxquels ont file au Mornings des bon blocs de poudre de Perlimpinpin 2.0 à moudre.
Je vois au moins une similitude avec 2000 : tout le monde niait aussi qu’il existait une bulle.
qui est victime d’une bulle? les sites aux services innovants.
Si on parle bulle2.0, on se cantonne aux sites 2.0 qui proposent et reposent sur des services innovants mettant l’internaute au coeur du dispositif.
comme pour la première bulle, ces services rencontrent un vrai succès en terme de trafic, utilité, et ils sont bien l’avenir du web.
mais tous les sites qui en proposent, comme en 2001, n’ont pas de business model fiable à plus de 2ans. YouTube sans rachat allait s’effondrer sur lui même, simplement à cause du cout exorbitant necessaire à sa bande passante. le financement d’un site par les pub AdSense est un non-sense pour sa pérénité. les services Web2.0 sont délicats à monétiser.
en gros les sites 2.0 en vues sont tous là pour être racheté sous 2ans, font monter la sauce, se battent à coup de Visiteur Unique et potentiel de Page Avec Publicités mais ne rapportent rien, perdent tous de l’argent, sont incapables d’en générer.
Les investisseurs eux y croient, et surenchérissent : YouTube ne vaut pourtant rien, c’est un puit de dettes et d’emmerdes en perspectives.
C’est bien une bulle, qui a la différence de la première, qui touchait l’ensemble du web, est limitée aux sites dit Web2.0.
allez c’est pas grave, le web y survivra.
je ne crois pas véritablement en cette bulle 2.0, j’ai écrit un article dessus sur mon site.J’explique que ce n’est que la logique du streaming, de la bande passante et des millions de connectés sur le web.Le fait de canaliser la demande n’est pas pour une moi une révolution, juste une réponse, et cette réponse n’est pas envisageable pour un faible portefeuille ;)))
[...] Une bulle web 2 est elle en formation ? TechCrunch présente le deuxième volet d’une série de trois articles sur le thème de la bulle internet web 2. Cette semaine nous retrouvons Michel de Guilhermier (Patron de PhotoWays), Fred Bordage (Journaliste chez LesEchos, 01, ZDnet), Mark Oiknine (Senior Associate, Atlas Ventures) et Eric Dupin (Fuzz.fr, Presse-Citron). [...]
[...] Il y a 2 semaines nous interrogions Pierre Chappaz / Mauro Mariani / Jérémie Berrebi / Pascal Rossini et leur demandions leur avis sur la prétendue nouvelle bulle internet. La semaine dernière Michel de Guilhermier, Fred Bordage, Mark Oiknine et Eric Dupin répondaient à notre question. [...]
[...] Pierre Chappaz / Mauro Mariani / Jérémie Berrebi / Pascal Rossini et leur demandions leur avis sur la prétendue nouvelle bulle internet. Puis ce fut le tour de Michel de Guilhermier, Fred Bordage, Mark Oiknine et Eric Dupin qui répondaient à notre question. Enfin Loic Le Meur, Jean Michel Billaut, Pascal Mercier, Martin Schaedel, Tristan Nitot et Oleg Tcheltsov ont participé également. [...]
[...] Nous avions déjà longuement débattu du sujet sur la bulle2.0, de nombreuses personnalités ont déjà donné leur vision et j’ai également publié un long billet pour expliquer mon point de vue qui se résume: bulle2.0 non, darwinisme2.0 oui. En gros beaucoup de dégâts sont à anticiper (cela a déjà commencé d’ailleurs) et sur ce point je pense que Close Brothers a raison. Mais pas au point de provoquer un séisme économique ou l’explosion d’une bulle. [...]
[...] de revenir sur l’inévitable et impertinent débat sur la fameuse bulle 2.0 dont en entend (enfin) de moins en moins parlé. Il n’en est pas moins vrai qu’il y a [...]