Une bulle 2.0 est elle sérieusement en route? épisode 1
par Ouriel Ohayon 5 octobre 2006

La nouvelle bulle internet. Voilà la nouvelle obsession qui traîne sur lèvres de tous les esprits, entrepreneurs, investisseurs, observateurs, bloggeurs et évidemment journalistes. Beaucoup d’articles consacrés au nouveau web traitent de manière systématique cette question : « Alors nous vivre une nouvelle bulle internet ? ». Les levées de fonds importantes étant de retour de même que la profusion de création de nouveaux services, souvent sans modèle économique défini, on peut en effet poser de manière légitime cette question. Mais peut-on y répondre par simple « logique de cycle » (ce qui s’est déjà passé va recommencer) ou sur le simple constat que de jeunes sociétés ne génèrent pas encore de revenus ? Evidemment non. Ce serait trop simple.

Au-delà du sensationnalisme et de la polémique nous avons décidé d’interroger différents acteurs du web français et européen de premier plan : entrepreneurs, investisseurs, bloggeurs, journalistes et de les partager avec vous.

Ce billet est le premier d’une série de 3 consacrés à cette question importante. A chaque édition nous exposerons les opinions argumentées de ceux qui font le web. Nous leur avons poser la même question « Allons nous vivre une nouvelle bulle internet et pourquoi ? ». Je vous réserve mon opinion pour la dernière partie de cette série.

Vous pouvez également participer au sondage ci-dessous mais aussi laisser en commentaire vos avis détaillés et réactions aux témoignages exposés.


Create polls and vote for free. dPolls.com

Aujourd’hui les témoignages de : Pierre Chappaz / Mauro Mariani / Jérémie Berrebi / Pascal Rossini

Pierre Chappaz (ex-Kelkoo, Wikio, Netvibes)

Inutile de présenter Pierre Chappaz, qui est une personnalité du web européen et qui a une triple casquette d’entrepreneurs, d’investisseurs (avec Index Ventures) et Blogger.

“Tout d’abord n’oublions pas que la première “bulle Internet” a produit quelques unes des principales sociétés mondiales comme Yahoo, Google ou eBay, et qu’il y a eu beaucoup moins de casse financière qu’on l’a prétendu. Aujourd’hui nous sommes en train de vivre une seconde vague de création de services Internet dont les potentialiétés - grâce à la technologie et à la maturité du media Internet- sont absolument considérables. Il est naturel que de nombreux entrepreneurs tentent leur chance, et que les financiers soient prêts à soutenir les meilleurs. Il y a de l’enthousiasme mais aussi du discernement: il n’y a donc pas de bulle 2.0.”

Jérémie Berrebi (ex-Net2one, Patron de Zlio.com)

Jérémie Berrebi est un entrepreneur internet de longue date (Net2One et désormais Zlio.com que nous avons souvent évoqué dans TechCrunch) qui est aussi un blogger passioné.

“Une bulle est quelque chose qui grossit rapidement et s’éclate en un rien de temps ! Je pense que non, tout n’explosera pas d’un coup. Un Youtube pourra toujours faire faillite mais pas un Myspace, ni un Netvibes ou alors dans plusieurs années ! Nous sommes à des années lumières de ce qu’il se passait en 99/2000 ou des soi disant entrepreneurs n’ayant jamais touché à une souris se sont mis lancer leur startup.”

Mauro Mariani (Directeur de Mangrove Capital)

Mangrove Capital est un fond d’investissement qui a notamment été présent au capital de Skype mais qui est aussi très actif sur le web européen.

“Un marché au bord de l’ébullition du point de vue des entrepreneurs et des VC, pas de nouvelle bulle du point de vue du marché côté et des IPO et donc des investisseurs privés. La différence majeure avec la bulle 1.0 est qu’aujourd’hui plus personne ne remet en cause l’Internet comme medium. Ce sont plutôt la richesse de la propriété intellectuelle (trop de « feature companies ») et certains modèles économiques qui sont souvent les maillons faibles d’une start-up web 2.0.”

Pascal Rossini (patron de Ads-Click/SkyClick)

Pascal Rossini est le patron d’Ads-Clicks qui fournit une plateforme publicitaire de liens sponsorisés en marque blanche. Sky-Clic que nous avons traité sur Techcrunch est sa nouvelle initiative. Il a aussi un blog très renseigné.

“Oui, sans doute, mais elle ne ressemblera pas à la bulle 2001 du Web 1.0 qui reposait sur la chute des actions en bourse qui avaient été achetées au prix fort par les investisseurs et sur des offres en surnombre par rapport aux besoins et à la demande. Il est tout à fait vraisemblable qu’une dizaine de sociétés phares du Web 2.0 trouvent preneurs en 2007, comme Youtube, Netvibes, ou encore Pandora malgré des business model fragiles. Mais des milliers d’autres vont devoir générer des revenus pour survivre parce que le 2 eme tour de table (financement) sera très difficile à réaliser, et c’est à ce moment qu’il y aura une correction du marché. Mais je reste très optimiste sur les sociétés qui ont ou inventent des business model partagés reposant sur les leviers puissants que sont les utilisateurs. Ce seront le next big thing de demain.”

Rendez vous la semaine prochaine pour plus de développements.
© Aleksander Bochenek - FOTOLIA

Commentaires rss icon

  • En voilà une série de billets qui risque d’être intéressante! Très bonne idée.

    Personnellement, je commence à un peu flipper de voir émerger de plus en plus de services, plus ou moins ressemblant à leur voisin, sans véritables modèles économiques.

    D’un autre côté, et comme le souligne Mauro Mariani, le média Internet n’est plus à remettre en cause. Aujourd’hui le haut débit est généralisé, des projets ayant échoués en 2000 pourraient très bien fonctionner à notre époque(je pense notamment à tous ceux qui tournaient autour des webtv).

    Enfin bref, curieux de voir comment cela va évoluer dans les 2 prochaines années…

  • Je crois que ne nous sommes pas dans le même contexte que celui de la 1ère bulle où les investissements étaient jetés sur tout ce qui s’appelait “untruc.com”…Selon moi, que ce soit que côté des capitaux risqueurs ou celui des entrepreneurs, tout le monde a retenu la leçon : on ne doit pas investir que sur une idée, mais aussi pour un business plan qui tient la route, de vrais besoins, et de vrais entrepreneurs, tout en exploitant le potentiel phénoménal du web…
    Nan, le monde a changé et sans doute est-il plus mûr aujourd’hui pour accepter cette “nouvelle économie” !?

  • La notion de “bulle” donne déjà une connotation très éphémere du phénomène et d’ailleures après l’explosion il n’en reste normalement plus rien. Comme le souligne justement Pierre CHAPPAZ, de grandes compagnies continuent d’exister et
    d’accompagner le changement du web.
    Il n’y a qu’en regardant le cash qui circule désormais sur ce marché pour ce rendre compte qu’avec du rationnel on fait dans la durée…
    Vive le Web sans point Zero !

  • Une nouvelle bulle ? Peut-être, mais je pense qu’elle sera moins spectaculaire qu’en 2000, car les sociétés ont globalement acquis de la maturité.
    De toutes les façons, celles qui proposent une véritable innovation n’ont pas de souci à se faire. Même en 2000, les excellentes start-up françaises telles que Boursorama, Auféminin, Meetic ont résisté, parce qu’elles avaient vraiment quelque chose à proposer.
    A propos de Web 2.0, RDV sur mon blog http://www.datanews.fr où j’effectue un sondage sur la perception du web2.0. Cela prend 5 secondes.

  • Bien sur qu’il y aura une bulle. Quand on voit que certains lancent un calendrier en ligne en espérant faire fortune…

    UN calendrier c’est une application qu’on donne en TP aux débutants en info. Et parce que c’set en ligne, certains s’extasient?

    Je crois qu’il faut distinguer les services web 2.0 similaires à des sites à contenu indépendant, qui ne générent pas de revenus mais sont laissés en ligne par des passionnés. Et les gros business 2.0 qui vont en faire des sociéts avec un poids financier important. Pour cette 2nde catégorie, je n’en vois vraiment pas des masses dans ce web 2.0 . Les grosses applications existent déjà, le reste c’est du marché de niche. Rentable comme la superette du coin.

  • Débat intéressant! C’est d’ailleurs le thème de la dernière interview réalisée sur mon blog avec Franck Marinier de BizAndGo.

    Pour en revenir au billet précisemment, j’irais tout à fait dans le sens de Pierre Chappaz. L’enthousiasme et le dynamisme autour du Web actuellement peuvent faire peur et c’est de là que vient cette polémique. Le secteur n’est plus le même, Internet s’est professionnalisé et si certaines erreurs du passé pourront être réitérer, je ne les pense pas suffisantes pour créer une véritable bulle 2.0.

  • Il n’y aura pas de bulle. De nombreux sites internet 2.0 sortent chaque jour en offrant tous plus ou moins les mêmes services mais les sociétés d’investissement ne s’y précipitent pas comme en 99.
    Pas de bulle mais une montée en puissance de l’internet progressivement avec point culminant d’ici 5 ans avec la fusion du media tv et internet.

  • Demander aux acteurs (entrepreneurs et investisseurs, parfois les deux en même temps) du web 2.0 si une bulle existe, n’est-ce pas un peu biaisé ?

    Qui se risquerait à se tirer une balle dans le pied en disant qu’il profite d’une période où les sociétes sont surcotées et l’argent des investisseurs facile ?

    Dans le même registre, pourquoi ne pas demander aux promoteurs immobiliers si la bulle immobilière n’est pas en train d’éclater ?

  • Et puis il y a l’audience … En 1999, il y avait entre 3 et 4 millions de connectés en France (individus de 11 ans et plus qui se sont connectés au cours du dernier mois, quel que soit le lieu de connexion), majoritairement en bas débit, aujourd’hui on est en passe d’atteindre les 30 millions majoritairement en haut débit.
    Ca change beaucoup de choses pour les sites financés par la publicité.

  • @JB boisseau: je ne suis pas sûr qu’intérrogez ceux qui vivent et font le web soit dénué de sens même si je le reconnaît il serait idéal d’intérroger également bien d’autres acteurs (du moment qu’ils savent analyser et comprendre ce qui se passe actuellement sur internet). Par ailleurs et vous le verrez dans les prochains épisodes, les points de vue sont très variés et concernent des gens qui ont des intérêts variés dans l’industrie internet. Je pense que cela donnera une vision intéressante.

    Par ailleurs ce billet donne justement à TOUS la possibilité d’exprimer leur opinion et il semble à ce titre que la majorité pense (pour le moment) à tort ou à raison qu’une nouvelle bulle aura lieu.

    Bref, peut être pas totalement parfait mais intéressant à considérer en tout cas

  • Pitié pour l’orteaugrafe Ouriel!!!

  • oops. Merci lovny. Ce vre ke je suis nulle en ortaugraf :)

  • Nous sommes d’accord, cela n’est pas dénué de sens… mais dès lors que l’on parle de ses intérêts propres, il y a un incontestablement un biais.

  • les avis sont à mon sens suffisamment nuancés et argumentés pour éviter de parler de biais. Et qui parle de biais doit parler de représentativité de l’échantillon des intérroger. Il me semble que le panel blogger/entrepreneur/investisseur/journaliste/lecteurs de ce blog est suffisamment représentatif et je dirai même équilibré.

    Encore une fois, à chacun de se faire une opinion sur cette question et il n’est pas de mon objectif que d’apporter une réponse unique qui de toute façon n’existe pas.

  • Exclure le fait qu’il puisse y avoir un biais parce que les réponses sont nuancées et argumentées ! Un peu facile, non ? A l’occasion, je me ferai un plaisir de vous rédiger une réponse nuancée et argumentée pour l’une et l’autre position (bulle/pas de bulle).

    Je constate juste sur cette première partie que les gens du sérail (investisseurs et entrepreneurs) affirment tous qu’il n’y a pas de bulle 2.0 : étrange coïncidence, non ?

    Mais je suis impatient de lire la suite… avant d’aller plus loin.

  • La bulle financière des années 2000 était due à une erreur de timing des investisseurs par rapport aux promesses de l’internet et au nombre d’usagers. En effet, certains acteurs majeurs ont émergé de cette époque comme le dis Pierre : Google / Yahoo / Amazon en sont quelques exemples intéressants.

    Les questions que je me pose en voyant tant d’agitation marketing (même si certains services sont intéressants) autour du web 2.0 sont les suivantes :

    * ne revient-on pas d’une certaine manière à une certaine collusion entre certains acteurs du web et certain VC ? Je m’explique. En 2000 on expliquait à des start uper de 25 ans qu’un fois qu’ils avaient levé xx millions, il fallait lancer x millions de com pour faire émerger la marque et y millions pour faire un site. La question est à qui profite tout cela ?

    * comment gagnez-vous de l’argent ? Ce n’est pas propre au web 2.0 dont je n’ai tjrs pas compris ce qu’il était exactement (pourtant je fais des efforts). Bien sur on peut tjrs rétorquer que Google n’avait pas de modèle économique avant la pub cliblée mais pour un Google combien de “mort au combat” ?

    * combien dépensez-vous pour votre service et les gens sont-ils prêts à l’utiliser ? J’aime bien l’approche de Simoncini là dessus : les services pour lesquels un(e) internaute est prêt(e) à payer sont TRES limités. La rencontre est l’un des services monétisables, tous ne le sont pas. Et je ne crois que peu au modèle entièrement publicitaire, le trafic à attirer étant considérable.

    Au final, web 2.0 ou pas, on en revient aux fondamentaux du business, non ? Gagne-t-on plus d’argent que l’on en dépense ou pas.

    Bien sur, il y a une autre option : habiller la mariée avant de la revendre (au bon moment si possible, et à un gros de préférence). Là aussi les élu(e)s seront peut nombreux.

    Pour ceux que ça intéresse, j’ai une théorie bien particulière sur le “user generated content” ou comment le web a réinventé et industrialisé la notion de “travail gratuit” d’un penseur meconnu ;) Cf le blog

    Par contre incontestablement, le web (2.0 ou pas) bouleverse tous les secteurs économiques les uns après les autres (porno - jeux - musique - tourisme - cinéma bientôt et bien sur relation ds l’entreprise…) + génère à nouveau un enthousiame fort. Sauf que désormais on sait ce que l’internet apporte ds notre vie quotidienne…

    A suivre dc

    /O
    “web 4.5 et bientôt 4.6, puis 4.7″

  • Peut etre que l’on pourrait tout simplement dire qu’au dela d’être des nouveaux services internet (dont la valeur ajoutée bien que réelle reste souvent limitée), les sites 2.0 constituent un nouveau type de média, ou plus exactement qu’ils incarnent le début de l’émergence des médias interactifs / participatifs.

    Un parrallèle est tout à fait possible avec la télé réalité : les émissions apportent certes parfois des nouveautés en terme de contenu et de modèle mais la grande innovation réside dans le mode ouvert et participatif / user generated content / qui plait, tout simplement…

    D’ailleurs - proportionnellement - il y a surement autant de nouveaux concepts d’émissions de TV réalité que de nouveaux sites 2.0, et la raison est simple: il “suffit” d’un peu de connaissance sectorielle et d’une bonne idée. C’est accessible à beaucoup de monde…

    Il est donc assez incohérent de décrier le modèle publicitaire pour les sites 2.0 si on considère que:

    1. leur vraie valeur réside dans le fait qu’ils générent de l’audience …

    2. et que la publicité commence à perdre de la valeur (cf. une étude Mc kinsey intéressante sur ce sujet dont j’ai perdu le lien).

    Et pour répondre à la question je ne vois pas cela comme une bulle mais comme une ruée vers l’or … il y a des opportunités et des budgets considérables à récuperer sur un média émergent: tout le monde veut tenter sa chance, et on sait déjà que seulement une poignée réussiront …

    Et une question : qui sont les vendeurs de pelles ? ;-)

  • Petite rectification : la pub TV commence à perdre de la valeur… pas la pub en général.

  • Le modèle éconmique voilà le point faible.
    Pour trouver le modèle économique il faut d’abord trouver ceux pour qui cela à réellement de la valeur; trouver les et vous trouverez le modèle éconmique derrière;

    à ce titre tout ce qui tourne autour de l’économie de l’attention est très prometteur.
    J’ai ouvert un blog à ce sujet c’est ici;
    http://diffusabilite.typepad.com/

  • Je pense qu’il faut prendre très au sérieux le risque de bulle 2.0. Pour le moment je parlerais de bullettes, moins dévastatrices mais paralysantes, un mal pour un bien économique.

    Lisons juste les blogs, il y a assez de monde pour étaler un enthousiasme relevant soit de la niaiserie soit de la pure vonlonté de voir revenir la “Belle Epoque” des open bars de coke et de Kasskooye.

    Mais la soupe est trop bonne, c’est de la pure création d’entreprise spéculative fourguée par des e-VRP 2.0.

    En français : de l’arnaque. Et là, qui veut crever la bulle ? ;)

    Invitations :

    “Bubbles, my bubbles!”
    http://www.dvda.fr/2006/10/07/bubbles-my-bubbles/

    Web 2.0 : Où est le Business Model ?
    http://www.dvda.fr/2006/09/06/web-20-ou-est-le-business-model/

  • Les business models du web 2.0, ce sont ceux des jeux :)

  • Bon moi je propose qu’avant de rentrer définitivement dans le ‘deux.zero’ on se la joue un peu nostalgique et vintage pour notre viel ami le 1.0 !
    SPRAY, EXCITE, BOO.COM, I BAZAR, INKTOMI, BOL.COM, AMAZON (euh… non ptete pas amazon???!!!)
    Nous vous avons tant aimé !!!!!!!!

  • Le web est plus mature, les entrepreneurs sont de véritables professionnels de l’internet.

    Mais je reste sceptique, sur la profusion de blogs, vidéoblogs qui naissent chaque jours !!!

    Moi-même technophile je m’y perd et je trouve que l’on retrouve du réchauffé.

    Les blogs c’est un peu reprendre les informations d’ailleurs et en parler.

    Je pense qu’il manque des structures, annuaires pour classer ces informations.

    C’est ce que j’essaie de faire avec http://www.picardieblog.com

    Cordialement,

    David

Laisser un commentaire

Commenting Options

Enter your personal information to the left, or sign in with your Facebook account by clicking the button below.

Alternatively, you can create an avatar that will appear whenever you leave a comment on a Gravatar-enabled blog.

Rétrolien
  • MediaTemple Logo
  • QuickSprout Logo
  • OpenX Logo
  • Cotendo Logo