Le succès incroyable de Digg a récemment connu quelques heurts. Digg est un site qui permet de promouvoir de nouvelles informations soumises par les utilisateurs et qui apparaissent en page d’accueil en fonction du nombre de votes des utilisateurs de Digg. Si une histoire est votée (« dugg ») par suffisamment d’utilisateurs alors elle apparaît en page d’accueil et le lien pointe vers le site éditeur de l’information.
Alors qu’AOL vient de transformer NetsCape en un clone massif de Digg, un certain nombre de personnes se sont plaints de la capacité d’un nombre limité d’utilisateurs organisés de promouvoir ou retirer une histoire de la page d’accueil.
La bloggueuse politique Michelle Malkin a été l’une des premières à s’en plaindre en disant qu’un groupe organisé d’utilisateurs de Digg conservateurs ou libéraux ont agi pour retirer les billets de bloggeurs d’un autre courrant politique. Plus récemment, un autre bloggeur a analysé la page d’accueil de Digg et est arrivé à la conclusion qu’un petit groupe assez influent d’utilisateurs de Digg et organisé contrôle une grande partie de ce qui apparaît en page d’accueil.

Pour certains cela peut être troublant car cela pourrait remettre en question l’approche démocratique de Digg. Contrairement aux journaux comme Le Monde ou le New York Times ou un petit groupe d’éditeurs décident ce qui fait l’actualité et sera publié dans le journal, Digg propose une approche collaborative à travers flux « démocratique » ou chaque lecteur décide ce qui est susceptible de capter l’attention. Si Digg est « parasité » par un nombre limité de groupes d’utilisateurs, la différence entre Digg et les journaux traditionnels est moins claire.
D’autres déclarent qu’il ne s’agit que de groupes d’utilisateurs passionnés qui passent leur journée à la recherché d’histoires à succès. Digg note les utilisateurs en fonction de leur capacité à soumettre des informations qui deviendront populaires, et certains utilisateurs sont très attachés à leur position dans les classements. L’argument consiste à dire que ces utilisateurs sont simplement meilleurs dans leur capacité à trouver des histoires intéressantes.
Hier le co-fondateur de Digg Kevin Rose a répondu à ces critiques. Il déclare que les groupes de personnes qui recommandent les informations les plus intéressantes à leurs amis sont plutôt une bonne chose. Mais il annonce aussi que Digg mettra en place bientôt un algorithme qui attribuera plus de poids un groupe hétérogène d’utilisateurs plutôt qu’ à des groupes organisés.
Cela me semble être une bonne approche. Digg doit continuer d’encourager les personnes à recommander des informations à leurs amis mais aussi trouver un moyen pour les histoires uniques et intéressantes arrivent en page d’accueil sans le soutien de groupes d’utilisateurs. Espérons que l’approche algorithmique est la bonne. Une autre suggestion que nous avons transmis au CEO de Digg récemment Jay Adelson : attribuer plus de poids à une histoire si les votes proviennent de la section « upcoming » (en attente) par rapport aux histoires votées depuis un lien direct. En effet comme les groupes se passent souvent les histoires par email ou messagerie, il est plus probable qu’il s’agisse d’un vote de groupe. Un vote depuis la section upcoming est certainement plus le fait d’un utilisateur ayant lu et analysé l’info plutôt qu’un clic « automatique » issu de la recommandation d’un groupe.
Mise à jour: l’un des principaux contributeur de Digg vient de quitter le service suite aux remarques de Kevin…
Note d’Ouriel : Cette analyse vaut certainement pour tous les services utilisant le principe de vote collaboratif et ils sont nombreux. En France par exemple, nous les avons souvent cité, je serai curieux de savoir ce que pensent de cette polémique les acteurs proposant un service proche ou similaire à Digg. Juste pour les rappeler il y a Fuzz, Scoopeo, Allactu.com et TapeMoi sans oublier Wikio (ndlr : je suis actionnaire de Wikio)
Voilà l’occasion aussi de vous signaler NewsBurn, un service français d’actualité personnalisable doté d’un module de vote collaboratif. Newsburn, lancé le 3 septembre 2006, est d’une part un agrégateur de flux d’actualités prédéfinis avec une sélection de 200 sources par pays classés par catégorie mais aussi un lecteur RSS. Vous pouvez créer votre propre sélection d’actualités en ajoutant ou supprimant des catégories et des sources d’informations. Chaque histoire peut être votée par la communauté. Il s’agit donc plutôt d’un hybride en Digg et BlogLines ou NewsGator.
Bref je serai intéressé d’avoir sur ce blog le point de vue des confrères de Digg sur cette histoire.


Les réseaux sociaux sur Internet ne doivent pas déroger aux règles qui les régissent dans la vie en chair et en os et dans les autres médias. Les balbutiements nous font croire que le bébé est mignon.
Ainsi la puissance d’Internet (dans le sens où un petit groupe la maîtrise) et et le faible coût nécessaire à mettre en oeuvre l’intelligence qui souhaite contrôler ou influencer un site, un service ou un pan de l’édifice en construction sont-ils deux données qui n’ont pas échappé je pense aux opportunistes de tout poil.
Problème de voir le bien partout et le mal nulle part (et vice-versa ;))…
Il y a effectivement des gens qui manipulent le système pour faire paser certains scoops en homepage de scoopeo, mais rien à voir avec ce qui se passe sur digg
j’ai fait une petite enquete recement sur le digg francophone ou on a évoqué ce genre de probleme avec scoopeo, wikio, fuzz, nuouz, iglouz gweeby et marketingrama.
ça se passe ici : http://blog.accessoweb.info/?2006/08/30/703-enquete-l-influence-des-digg-francophone
Il en ressort des choses interressantes
Sur Wikio nous tenons compte des votes pour faire remonter les informations pertinentes mais nous utilisons également un algorythme sémantique qui analyse chaque article en “full text”. Il ne s’agit pas seulement de la home mais davantage de fournir les meilleurs résultats possibles pour toutes les recherches. Nous avons également une équipe de documentalistes qui travaillent sur la sélection et la catégorisation des sources d’informations et des blogs, mais aussi sur la modération du site.
La naissance du lobbying numérique ?
La question est de savoir à qui profite le crime ? Si un petit groupe d’utilisateurs arrive à influencer la ligne éditoriale censée être neutre de Digg pour la façonner à son opinion (en l’occurrence ici apparemment des gens de droite qui censurent des news de l’autre bord), cela pose plusieurs questions :
- il y a des gens qui ont assez de temps et de moyens (plusieurs PC pour des IP différentes, mise en place d’un script de vote automatique…) à consacrer à l’orientation des votes sur Digg. Ce qui signifie au passage que Digg a pris une telle importance qu’il est considéré comme un média d’opinion.
- si ces gens mettent autant d’énergie à cela, on peut considérer que cela devient un véritable travail de lobbying. Les lobbies faisant partie intégrante de la culture anglo-saxonne, on peut donc imaginer que le lobbying sotr des cabinets ministériels et s’invite sur les sites de news collaboratives
- les système Digg inclut deux fonctions qui peuvent être à l’origine de certaines “perversions” : d’une part la liste des Diggers les plus populaires (affichage par défaut), qui peut inciter certains à l’égo surdimensionné à tout faire pour rester en tête de celle-ci (quel intérêt ?). D’autre part “l’enterrement” des news directement par les membres. Je ne connais pas l’algorithme qui gère cette fonction mais elle peut effectivement conduire à des excès difficilement contrôlables (c’est la raison pour laquelle pour le moment et tant que c’est encore à peu près gérable, la fonction “Problème” de Fuzz est encore gérée manuellement par nous-mêmes selon les indications des Fuzznautes, et non pas automatisée : il m’arrive de recevoir plusieurs alertes qualifiant une news de spam, et après vérification, de décider de ne pas la supprimer car je considère qu’elle apporte quand même une info ou un angle intéressant. Bien sûr si la pression des Fuzznautes contre une news devient importante et qu’une sorte d’unanimité se dégage alors nous respectons la volonté générale et nous virons la news. On va dire que c’est une sorte de modération light.
- enfin certains hardcore diggers sont là seulement pour promouvoir en homepage les news diffusées sur leur propre site, ce qui constitue également une dérive possible du système, même si des garde-fous sont nombreux pour éviter cela. En même temps c’est aussi un peu la règle du jeu, et il faut savoir accepter qu’un système ouvetr comme celui-ci puisse inciter certains à en profiter, tant que ce n’est pas à but purement mercantile ou pour propager des opnions nauséabondes.
Eric
Il me semble que si Digg devient l outil de quelques uns plutot que l outil de tous alors l esprit initial a disparu. Ton approche sur Fuzz est juste mais est elle replicable a grande echelle si l on considere le traffic de Digg?
Pierre/Jm merci pour vos precisions, je suis convaincu que la solution est une subtile combinaison d une approche algorithmique et manuelle. Le challenge sera de le trouver.
Phillipe merci d avoir completer la liste
Sur Internet, se fier au consensus est rarement une bonne solution. Au mieux, on a un avis mou, au pire il est manipulé (ce qui est très facile s’agissant d’une moyenne de votes).
Seuls les systèmes qui font du profilage personnalisé sont efficaces contre ce type de dérive. En segmentant les users en des centaines de profils calculés en temps réel, il devient quasiment impossible d’influencer les résultats. Meme pour un groupe organisé.
La mauvaise nouvelle est que cela nécessite des algorithmes mathématiques très complexes et gourmands en ressources machines.
La bonne nouvelle est qu’il existe des prestataires comme Criteo (Ouriel, je me permet de faire un peu de pub, ça fait pas de mal ;-)) qui fournissent des solutions plug and play.
En tant que Conseil en intelligencé économique je surveille d’assez près cette forme de lobbying (pour reprendre le terme d’Eric) et son noir pendant : la destabilisation d’entreprise.
Sans rentrer dans le détail l’affaire Kryptonite, l’affaire du soit disant rapprochement entre sun et google
http://www.threadwatch.org/node/5921
sont des exemples de dérives assez marquants pour ne pas etre mis de coté.
Si la menace est marginale elle reste néanmoins réelle et donc à prendre en compte dans mon secteur d’activité.
Même si je constate que les entreprises sont encore loin d’être au fait du web 2.0 et sous estime son impact sur leur communication
Michel
en France on a Jacques Atali et Jean Marie Colombani qui s’insurgent contre Wikio et les “pirates bielorusses” qui pompent leur journaux. Bref les digglike sont assez mal compris pour l’instant mais cela devrait changer rapidement.
http://jdumetz.free.fr/2006/08/lavenir-de-mdias-crits-dans-les.html
Joseph
D accord avec vous. Les journaux finiront pas comprendre que les Digg like sont de puissants et pertinents generateurs de traffic sans compromettre leurs droits editoriaux. Le switch psychologique finira par arriver
les diggs “like ” comme un moyen de subversion ?…
J’avais parlé dans une de mes notes de l’affaire kryptonite . Vieille (datant de septembre 2004) mais montrant l’impact du Web 2.0 sur la communication d’entreprise. Il y eu aussi l’affaire de la fausse rumeur du rapprochement entre google et…
Jean Baptiste
Tu as raison pour le coup de pub (ceci dit j avais deja un peu parle de vous :). A l occasion je parlerai de vous plus en detail. Encore une fois je pense qu une approche ideale est une combinaison de ponderation algoritmique et de moderation manuelle
Les nouveaux systemes malheureusement contiennent des dystfonctionnements inherents a ce qui fait leur meme succes. Les Digg vont encore evolues et devenir de plus en plus sophistiques. Le module de vote deviendra bientot obsolete et fera place a des approches plus sophistiquees. Nous ne sommes qu au debut de l histoire.
Digg a une approche démocratique. C’est pourquoi ils rencontrent tout simplement les problèmes de n’importe quelle démocratie qui doit avec le temps ajuster son mode de fonctionnement.
L’univers est évidemment différent mais le droit constitutionnel apporte des réponses. Sous la IV république les gouvernements étaient renversés à tout bout de champs, sous la Veme république certains regrettent la faiblesse du rôle du parlement….
Le problème auquel est confronté Digg actuellement est peut-être équivalent à la façon de trouver la bonne place pour les partis politiques dans la démocratie. Des groupes organisés ne doivent pas accaparer les débats et les décisions et pour autant ils ont une rôle très utile pour faire émerger les questions importantes (les articles dans le cas de Digg).
[...] Si vous n’êtes pas encore familier avec la récente et sérieuse polémique (après celle de Digg quelle semaine) qui entoure FaceBook lisez nos billets ici et là. [...]
[...] Mais le problème apparaît quand certains groupes se concertent pour voter massivement pour certaines nouvelles. Des internautes américains se sont insurgés contre des petits groupes qui “colonisent” la page d’accueil de Digg grâce à leurs votes, comme le raconte le site Techcrunch. [...]
NewsBurn, nouvel agrégateur de flux d’actualités : interview de son créateur….
Lancé tout récemment, Newsburn, est un mix entre un lecteur de flux RSS et un agrégateur de fils d’actualités à la Wikio (avec systémes de vote). L’intérèt principal à mes yeux est que vous pouvez customiser votre NewsBurn pour ne recevoir q…
[...] Beaucoup de discussions autour des Digg-like en ce moment et autour des mécanismes de votes sur les sites communautaires. Au départ, une petite discussion anodine sur un décompte bizarre des votes sur Wikio.fr et on découvre qu’en fait la mention de ”1580 votes” sur un article ne signifie pas que 1580 personnes aient voté pour cet article. En fait il peut trés bien n’avoir eu aucun lecteur. C’est un cumul des votes sur les articles d’un même sujet au cours du temps. [...]
Le problème avec les sites de contribution sociale est justement qu’ils sont tous orientés par la même gang bien organisée. Digg est en un juste un exemple supplémentaire. En 1999 je fréquentais un forum de discussion financier qui est vite passé d’inconnu à “the place to be”, l’équivalent d’un digg d’aujourd’hui dans un autre contexte. Mais progressivement le site est devenu hors de controle, les modérateurs étant incapables de faire leur travail..et ce qui devait arriver arriva.. les meilleurs contributeurs parfois -souvent- controversés sont partis et le site est redevenu fréquentable mais sans âme et anonyme.. Cela pourrait facilement être le problème de Digg prochainement si l’on soutient la comparaison avec ce forum. Cela me semble d’ailleurs déjà commencé vu qu’un contributeur influent vient de partir..
LOBBYING NUMERIQUE ET POLEMIQUE SUR DIGG…
Le 8 septembre dernier, Michael Arrington créait la polémique en se faisant l’échos d’une rumeur concernant la politique de publication des news de Digg, note alors immédiatement traduite et publiée par Ouriel sur la version française de……
j aimerais vous faire partager mon experience avec “scoopeo”,sur ce site “digg-like” regne une tyranie orchestrée absolument hallucinante, mais je vous laisse constater par vous meme http://scoopeo.com/jeux/le-nouveau-monopoly-avec-visa
Je lis cet article et je suis atteré par les remarques.Pourquoi cela dérange qu’un site fonctionne et qu’il soit visité, si vous n’aimez pas bah !! ne venez pas dessus si cela vous dérange, tous les forums marchent pareil, modéré par un groupe puissant de modérateur.Ce n’est pas votre site digg ils font ce qu’ils veulent mince s’ils veulent faire de la pub pour leur potes c’est leur problème !!!
Les internautes ont leur blogs et veulent en plus controler les sites des autres en les discréditants !!! c’est parce que vous n’avez pas eu l’idée avant que ça vous dérange !!!
Vive la liberté de faire des sites non régit par la liberté de faire ce qu’on veut avec et de mettre des algorithmes que l’on veut.
Si digg est ultra visité tant mieux et si le traffic profite à des sites et pas d’autres !!! bah désolé si votre site déchire il sera visité et voilà!!
[...] Concernant la modération, il y a eu récemment une forte polémique autour de Digg car il semblerait qu’un petit groupe d’utilisateurs contrôlent la majorité des news apparaissant en page d’accueil. Les frères Goemaere, fondateurs de Scoopeo, sont conscients de ce risque et travaillent à cela. [...]
[...] Comme souligné par TechCrunch récement, les services comme Digg semblent rencontrer un sérieux problème sur les votes collaboratifs. En effet, certains groupes d’utilisateurs seraient assez influents pour promouvoir une nouvelle ou inversement pour la faire disparaître ! [...]
Et la France?
http://www.digg-france.com/